√Encore une autre initiative de paix financière proposée par le groupe Witkoff-Kushner ~ Songkrah
Par Alastair Crooke – Le 16 octobre 2026 – Source Conflicts Forum
En décembre 2025, le commentateur américain Sundance, écrivant pour The Conservative Treehouse, expliquait la nouvelle technique de « diplomatie financière » de Steve Witkoff et Jared Kushner pour l’Ukraine qui « nécessite [la mise en place] d’un système dans lequel l’opportunité d’avantages financiers pour l’Occident est permanent« . Dans cette perspective, les négociateurs américains “proposent un plan à long terme pour obtenir des avantages financiers en continu”.
D’après leur langage actuel, il semble que Witkoff et Kusher soient toujours convaincus qu’ils peuvent construire un système de récompense financière pour les banques occidentales, les investisseurs, les politiciens et les responsables ukrainiens qui conservera les avantages de la guerre sans l’inconvénient accessoire de l’effusion de sang.
Comme Sundance le notait :
« Si la délégation américaine peut y parvenir, alors la Russie pourra prendre les territoires qu’elle veut, les responsables ukrainiens corrompus pourront continuer à écrémer l’argent des investissements, l’UE pourra conserver le pouvoir qu’elle souhaite pour obtenir des paiements financiers, les politiciens américains pourront utiliser les “projets de relance à long terme” pour le blanchiment d’argent, et les banques d’investissement quasi publiques/privées pourront bénéficier de l’exploitation des ressources ukrainiennes ».
De ce point de vue, provenant visiblement du monde immobilier new-yorkais, tous les autres sujets – les frontières territoriales, la sécurité et l’empiétement de l’OTAN sur l’architecture de sécurité de l’Asie centrale – ne sont que des “détails à régler plus tard” par rapport « à ce qui compte vraiment, l’argent« .
Cette diplomatie financière, cependant, n’a pas apporté de solution pour l’Ukraine (ni pour Gaza non plus d’ailleurs). Cela n’empêche pas Witkoff d’avoir un nouveau plan que David Ignatius a décrit dans sa chronique au Washington Post.
Ignace souligne qu’en dépit de la récente « vague » ukrainienne ciblant les raffineries russes, : « les États-Unis et l’Europe se dirigent vers une proposition de paix commune qui offrirait des avantages financiers et sécuritaires à la fois à l’Ukraine et à la Russie comme base de référence pour un règlement territorial qui ne correspondrait pas aux objectifs de guerre des deux parties ». En d’autres termes, « une carotte » est proposée pour persuader les parties d’arrêter de bombarder leurs raffineries réciproques et permettre cette « nouvelle » initiative.
Si Zelensky accepte de mettre fin aux attaques contre les raffineries, « nous serons de retour et nous nous rendrons à Moscou », a déclaré un responsable américain à Ignace.
En substance, ce plan en 4 points envisage un cadre de reconstruction généreux pour répondre à « la myriade de besoins en liquidités de Zelensky » ; des garanties de sécurité pour l’Ukraine équivalentes à l’article 5 de l’OTAN ; l’intégration économique de la Russie, de l’Ukraine et de l’Europe par un accord énergétique. « Cela pourrait consister en un pipeline transportant du pétrole et du gaz russes vers l’Europe, l’Ukraine et la Russie se partageant les bénéfices. Un tel pipeline pourrait fortement réduire les coûts énergétiques européens », a déclaré un responsable américain. En plus de fournir à la Russie un « accès à long terme au marché européen de l’énergie », un accord de paix préciserait comment et quand les sanctions économiques existantes contre la Russie seraient levées.
Le dernier point – attendez – serait un cessez-le-feu le long de la ligne de front existante, ou « ligne de contrôle ».
Cela parait incroyable : les États-Unis et les Européens sont en train de négocier entre eux, sans prendre le moins du monde en compte les déclarations explicites publiées par la Russie.
Le pétrole et le gaz seraient fournis par la Russie aux Européens nécessiteux qui ont pourtant volontairement abandonné leur approvisionnement russe bon marché antérieur, qui sont piégés par leurs propres décisions et qui dénigrent la Russie à chaque occasion. Et avec les bénéfices à « partager » avec l’Ukraine ? La Russie n’acceptera en aucun cas une proposition aussi unilatérale.
Le ministre des affaires étrangères Lavrov a déclaré aux Nations-Unis qu’il n’y aurait pas de cessez-le-feu, sous aucun format. Cela signifie que toute négociation devra se dérouler sous le feu, et Poutine a suggéré que même dans ce cas, il « réfléchirait à deux fois » avant d’entamer toute négociation (sous le feu ou pas).
Le porte-parole de Poutine, Dmitri Peskov, a confirmé la semaine dernière que « des solutions et des accords au coup par coup » empêcheraient de parvenir à un règlement global ; un « gel » du conflit n’aiderait pas non plus :
« [L’Ukraine] est un sujet très complexe, et le règlement doit être global. Nous avons besoin d’une solution pour les générations futures — une solution garantie et protégée contre les revers ».
Il semble que les Européens n’aient toujours pas compris qu’une cessation des hostilités à la coréenne (comme le soutient le général Kellogg) le long d’un front où deux armées se font face n’est la recette à aucune solution. Cela fait 73 ans que la guerre de Corée a été gelée par un armistice. Rien n’a changé depuis.
Le retour répété à ce mantra d’un cessez-le-feu le long de la ligne de contact, plutôt que de trouver une solution d’abord ; un cessez-le-feu annonce aux Russes que l’Occident veut garder l’Ukraine dans les vestiaires pour le moment où une plate-forme à partir de laquelle exercer une pression (à nouveau) sur la Russie sera trouvée.
Le défaut fatal de cette initiative est sa surdité culturelle. Pour Witkoff et Kushner, il s’agit peut-être “que tout ce qui compte vraiment c’est l’argent”, mais ce n’est pas le cas pour la Russie.
Si le combo Witkoff-Europe se rappelait de l’histoire russe, ils comprendraient pourquoi, pour la Russie, la sécurité, la sécurité, la sécurité vient en tête de ses priorités
Walter Munchau a averti cette semaine que “la guerre en Ukraine risque de s’intensifier” :
« Nous ne devrions pas nous faire d’illusion sur une guerre contre la Russie. Nous ne sommes absolument pas en position de gagner. Lequel des marchés obligataires va exploser en premier ? Qui va manquer de missiles intercepteurs en premier ? … Sur tous les [points] – militaire, énergétique, financier – l’Europe est désavantagée. Ce n’est pas tout. Il existe un scénario relativement plausible dans lequel l’Ukraine et l’Iran fusionneraient en une seule guerre en Eurasie occidentale — et deviendraient le conflit ultime par procuration entre les États-Unis et la Chine ».
Si, au lieu de donner la priorité aux griefs des “parties prenantes”, avec son mécanisme visant à garantir « que les opportunités occidentales d’avantages financiers se poursuivent« , le combo Witkoff-Europe choisissait plutôt d’aborder les fondamentaux de ce conflit – la question plus profonde d’une architecture de sécurité eurasienne ; la définition de l’emplacement exact de la frontière qui sépare physiquement les intérêts de sécurité de l’OTAN de ceux des intérêts sino-russes – ils pourraient trouver un public plus réceptif lors de leur prochain voyage à Moscou.
Hélas, dans l’état actuel des choses , circonscrire l’extension de l’OTAN n’est pas possible.
Alastair Crooke
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.
songkrah.blogspot.com
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