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√La chute de l’Europe et ses implications géostratégiques ~ Songkrah


Aujourd’hui à Istanbul, l’envoyé spécial de Vladimir Poutine a déclaré que la future coopération entre la Russie et les États-Unis (et d’autres nations) sera “glorieuse.”


Par Alex Krainer – Le 22 octobre 2026 – Source Blog de l’auteur

Si seulement nous avions eu des indications précoces que les choses déraillaient…

L’une des conséquences de l’instabilité politique en France est qu’elle a révélé la fracture des alliances occidentales, lorsque le président Trump et le président Macron ont échangé accusations et insultes à cause des émeutes qui ont secoué la France. Le consensus semble être que les émeutes, qui se sont étendues à de nombreux autres pays européens, se poursuivront et s’intensifieront.

En fait, il semble que le gouvernement français soit pris dans une sorte de grosse tempête en train de déferler à la fois de bas en haut et de haut en bas : alors que les Français en difficulté sont de plus en plus agités et prêts à descendre dans la rue et à manifester, les marchés mondiaux des capitaux exercent une pression sur les finances moroses de la France. Rien qu’au cours des dix derniers mois, le taux d’intérêt des obligations d’État françaises a grimpé de près de 40%.

Incidemment, ce tableau est devenu obsolète en l’espace d’environ une journée. À ce jour, le taux d’intérêt des obligations d’État françaises à 10 ans est passé à 4,935%. Mais, contrairement aux États-Unis, les actions françaises n’ont pas compensé et sont peut-être entrées dans un marché baissier. En cas d’effondrement du cours des obligations et des actions, la valeur des garanties soutenant le système bancaire fondra, en un cycle auto-alimenté et sans fin en vue.

En France, les dépenses publiques représentent près de 57% du PIB. Michael Aarouet a établi une comparaison pratique de la part de l’État français dans le PIB avec celle d’autres « démocraties libérales capitalistes » :

Le système croule sous les dettes…

À 3 600 milliards d’euros, la dette publique de la France est juste en deçà de 120% de son PIB. À l’heure actuelle, toutes ces centaines de milliards de dettes, ainsi que les pourcentages de PIB ci-dessus, ne font que susciter des bâillements parce que tout cela est devenu une nouvelle normalité. Mais si l’on calcule la dette publique par habitant, les choses semblent un peu plus sérieuses : 3 600 milliards d’euros représentent environ 52 000 € par homme, femme et enfant vivant en France aujourd’hui. Avec le gouvernement enregistrant des déficits budgétaires annuels pouvant atteindre 5,8%, cet endettement est sûr et certain de continuer à gonfler, asphyxier l’économie française et attiser davantage les pressions sociales.

Non, ce n’est pas à cause du « socialisme ». C’est plus profond que ça !

Pour tous ceux qui sont sur le point de crier au “socialisme”, vous devez comprendre que le problème ne provient pas de gouvernements “socialistes” débauchés, et que nous ne le résoudrons pas en continuant à voter pour des élus conservateurs, capitalistes, et favorables à peu de gouvernement. Le problème est entièrement systémique et le système est manifestement immunisé contre les politiques prévues ou souhaitées par les élus et encore plus contre la volonté de leurs électeurs.

Même s’ils préconisaient avec passion d’équilibrer les budgets, de rembourser les dettes et de réduire l’empreinte du gouvernement dans l’économie, une fois au pouvoir, les dirigeants continueront sur la même voie des dépenses déficitaires. J’ai expliqué cela en août dans l’article intitulé « Pourquoi les gouvernements ne peuvent JAMAIS renoncer aux dépenses déficitaires ». Il n’y aura pas de sortie de ces problèmes par le vote.

Les conséquences géostratégiques

Il ne fait guère de doute que la crise financière purulente et croissante aura des conséquences géostratégiques très importantes. À un moment donné, l’Unité de l’Occident combiné, centrée sur nos “valeurs partagées” commencera à se désintégrer et les nations individuelles s’efforceront d’atténuer la crise chez elles, indépendamment de l’impact que cela pourrait avoir sur leurs alliés aux valeurs partagées.

En fait, nous avons bien dépassé ce stade ; l’exemple parfait est le récent « accord sur le diesel » entre le président Trump et le président Poutine. Cet accord est également un exemple de la capacité des États-Unis à gérer la crise et à s’organiser un atterrissage en douceur en gérant leur crise budgétaire. D’autres exemples incluent l’effet de levier américain sur d’autres nations de l’hémisphère occidental, qui sont transformées, une par une, en avant-postes coloniaux des banques de Wall Street.

Quelles que soient les ramifications éthiques de ces arrangements, il garantit de nouvelles garanties ainsi qu’une demande future de dollars américains pour les banquiers qui les émettent. Cela atténuera la crise financière américaine, au moins marginalement. Pendant ce temps, les Européens sont bel et bien complètement coincés. En seulement quelques années, ils ont réussi à détruire en grande partie, non seulement leur base industrielle et leur production d’énergie, mais aussi leurs relations avec la Russie, la Chine, l’Iran, les pays arabes, une grande partie des pays du Sud et les États-Unis.

Le seul front où ils ont encore une influence considérable est contre leur propre peuple, où la réglementation, la censure et la répression s’aggravent chaque jour qui passe, de sorte que nous assistons régulièrement à des manifestations et des émeutes. En même temps, ils s’efforcent de convaincre la partie blanche et chrétienne de cette population que faire leur “devoir” et se sacrifier eux-mêmes et leurs enfants dans une guerre contre la Russie est juste et nécessaire pour que nous protégions nos pays et notre mode de vie.

A fond pour la guerre

À l’heure actuelle, cependant, une grande partie de cette même population ne se soucie plus de préserver ce mode de vie et la crise ne fait que s’aggraver, c’est pourquoi la plupart des observateurs s’attendent à ce que les choses continuent sur la même voie. L’incapacité et la réticence à résoudre la plupart des problèmes laissent la guerre comme seule soupape de décompression à la disposition des autorités. Mais même sur ce front, l’Europe se retrouve isolée.

Notre ennemi désigné, la Russie, comprend assez bien les enjeux et est heureuse de jouer au ballon avec les États-Unis afin d’essayer de forger une relation plus coopérative et plus constructive à l’avenir. Parmi les responsables américains, il semble que de plus en plus d’entre eux soient prêts à abandonner la russophobie et à se lancer dans les affaires, comme nous l’avons vu avec l’accord sur le diesel, ainsi que lors de la réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies de la semaine dernière. Au cours de la procédure du CSNU, les déclarations conciliantes américaines vis-à-vis de la Russie contrastaient fortement avec la position enragée et hostile des représentants européens.

Le sort des avoirs gelés russes

Cela nous ramène au sort des avoirs gelés russes dans les juridictions occidentales. Le montant en question est estimé entre 300 et 335 milliards de dollars. La plupart de ces actifs sont de loin détenus en Europe : la plus grande partie est gérée par le dépositaire central de titres, Euroclear, basé en Belgique, qui détient environ 190 à 208 milliards de dollars.

La France détient jusqu’à 71 milliards de dollars d’actifs de la Banque centrale russe, mais on soupçonne que le gouvernement Macron s’est déjà accaparé d’une grande partie de cet argent. Selon des chiffres plus récents, seulement 25,6 milliards de dollars de l’argent russe sont encore détenus par la France. Le Royaume-Uni détient environ 37 milliards de dollars d’actifs russes. Dans le même temps, la partie américaine est estimée à seulement 5 à 8 milliards de dollars, principalement en titres de créance et en espèces.

Lors de sa récente apparition au Forum sur la sécurité de Varsovie, l’agent britannique du ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a déclaré que ces avoirs seraient restitués à la Russie, « en passant sur nos cadavres ». En effet, il est peu probable que la Russie voie le retour de ces actifs de sitôt, c’est pourquoi le Kremlin et leurs homologues américains pourraient avoir leurs propres raisons de transférer la totalité de ces actifs à la garde des États-Unis.

En août dernier, au lendemain du sommet de l’Alaska entre les présidents Trump et Poutine, j’ai écrit ce qui suit :

Je soupçonne que l’un des résultats de la coopération russo-américaine – nous le découvrirons en temps voulu – résoudra le sort des avoirs russes gelés détenus par les pays occidentaux. Trump sera probablement très intéressé à ce que la Russie investisse cet argent aux États-Unis. De leur côté, les Russes ont toutes les raisons du monde d’accueillir Trump et un tel accord d’investissement contribuerait certainement grandement à faire progresser la coopération des deux puissances. …

Pour le système financier britannique affamé de garanties, cela pourrait s’avérer catastrophique. Il en va de même pour l’Europe : le rêve d’Emmanuel Macron d’utiliser 260 milliards de dollars d’avoirs russes gelés comme garantie pour les investissements de reconstruction visait également à soutenir une impulsion de crédit à grande échelle en Europe. La reconstruction [de l’Ukraine] devait être financée par les banques européennes et les contrats attribués aux sociétés européennes. Malheureusement, rien de tout cela ne sera possible sans un fort soutien des États-Unis.

Si quelque chose à propos de Donald Trump est prévisible, c’est qu’il voudra ces actifs aux États-Unis … Pour le même prix bas qu’il obtiendra pour donner un autre coup de pied humiliant aux Européens. Je ne le vois tout simplement pas résister à cette tentation et un jour prochain, les nouvelles rapporteront que Trump a ordonné que les avoirs russes détenus en Europe soient transférés sous la garde des États-Unis. Les Eurotards n’auront d’autre recours que de s’y conformer.

 

L’envoyé spécial de Vladimir Poutine : ce sera glorieux !

Juste aujourd’hui, le premier jour du XIXe Forum Économique eurasien de Vérone à Istanbul, M. Kirill Dmitriev, PDG du Fonds d’Investissement Direct russe et Envoyé spécial de Vladimir Poutine pour l’investissement et la coopération économique, a parlé de la coopération économique entre la Russie et les États-Unis, la présentant comme le fondement du dialogue et du développement des relations entre les deux puissances.

Il a également déclaré que cette coopération exercerait une pression supplémentaire sur les gouvernements européens : lorsqu’ils verront la Russie et les États-Unis s’engager dans une coopération mutuellement bénéfique et constructive, les Européens ne voudront pas être laissés pour compte. Avec le temps, ils devront dessouler et venir à la table des négociations. Toujours optimiste, M. Dmitriev a choisi le terme « glorieux » pour décrire les résultats ultimes de cette coopération. Les remarques de M. Dmitriev commencent à 1:38-min. dans la vidéo ci-dessous :

Eh bien, amener les Européens à dessouler sera un sacré défi, et la suppression du punching-bowl pourrait nécessiter le transfert des avoirs gelés de la Russie à la garde des États-Unis. Si (quand) cela se produira, l’UE subira un coup financier paralysant. Des gens comme M. Sikorski pourraient n’avoir guère d’autre recours que d’offrir “nos cadavres”.

Enlisée dans une paralysie politique, confrontée à des crises économiques insolubles et coincée entre la Russie qu’elle s’est aliénée et des États-Unis hostiles, l’Europe devra faire la paix et accepter le fait qu’après de nombreux siècles le monde n’est plus euro-centré et qu’elle devra apprendre à traiter les autres acteurs de la scène mondiale comme leurs égaux.

Espérons qu’après avoir éprouvé quelques symptômes de sevrage, une Europe pleinement sobre, constructive et coopérative, sans complexe de supériorité, puisse émerger. Plus tôt ce sera le cas, mieux ce sera pour toutes les personnes impliquées. Qui sait, peut-être que ce sera vraiment glorieux, peut-être pas pour M. Sikorski mais certainement pour la plupart d’entre nous.

Alex Krainer

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

songkrah.blogspot.com

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