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√La guerre contre l’Iran. Les saoudiens blâment Israël – Un archi néo-conservateur concède la défaite ~ Songkrah


Par Moon of Alabama – Le 11 mai 2026

Deux articles remarquables sont parus au cours des derniers jours. Ils sont liés l’un à l’autre car les deux auteurs sont des stratèges chevronnés de droite qui ont été profondément impliqués dans l’administration de George W. Bush et sa guerre contre l’Irak.

Le premier article est de Turki Al-Faisal :

Il est le petit-fils du fondateur de l’Arabie saoudite, le roi Abdulaziz, et le fils du roi Fayçal. Il est président du Centre de Recherche et d’Études Islamiques de la Fondation du Roi Fayçal.

De 1979 à 2001, le Prince Turki a été directeur général d’Al Mukhabarat Al ‘ Ammah, l’agence de renseignement saoudienne, démissionnant de ce poste le 1er septembre 2001, dix jours avant les attentats du 11 septembre au cours desquels 15 ressortissants saoudiens ont détourné des avions de ligne commerciaux américains.

Le prince Turki a ensuite été ambassadeur à la Cour de Saint-James et aux États-Unis.

Dans un éditorial publié samedi par le journal semi-officiel Arab News, Faisal révèle une conspiration majeure derrière la guerre américaine contre l’Iran.

Bien que les Saoudiens soient contrariés par l’Iran, ils reconnaissent que ce n’est pas le véritable coupable qui a causé le désordre dans lequel se trouve actuellement toute la région du Golfe :

Lorsque l’Iran et d’autres ont tenté d’entraîner le Royaume dans la fournaise de la destruction, nos dirigeants ont choisi d’endurer les souffrances causées par un voisin afin de protéger la vie et les biens de ses citoyens. Si le Royaume avait voulu, et il est capable de le faire, répondre de la même manière à l’Iran en détruisant les installations et les intérêts iraniens, le résultat aurait pu être la destruction des installations pétrolières saoudiennes et des usines de dessalement le long de la côte du golfe Persique, et même au plus profond du Royaume.

Si le plan israélien visant à déclencher une guerre entre les États-Unis et l’Iran avait réussi, la région aurait été plongée dans la ruine et la destruction. Des milliers de nos fils et filles auraient perdu la vie dans une bataille dans laquelle nous n’avions aucun intérêt. Israël aurait réussi à imposer sa volonté à la région et serait resté le seul acteur de notre environnement.

Grâce à la sagesse et à la clairvoyance du prince héritier Mohammed ben Salmane, le Royaume a évité les horreurs de la guerre et ses répercussions dévastatrices. En effet, avec le Pakistan, il éteint maintenant le feu des combats, aidant à prévenir l’escalade et donnant aux défenseurs de la paix l’espoir qu’ils peuvent se sentir rassurés quant à la vie de leurs proches et à la sécurité de leurs intérêts.

L’éditorial démystifie toutes les rumeurs propagées par les propagandistes sionistes qui affirmaient que les Saoudiens réclamaient une guerre totale contre l’Iran.

Depuis que la modération chinoise, il y a trois ans, a conduit à un accord politique entre l’Iran et l’Arabie saoudite, il n’y a pas eu de grande confrontation entre ces pays. Malgré la guerre, l’Arabie saoudite accueille les pèlerins iraniens à La Mecque. Alors que l’Iran a frappé des installations américaines en Arabie saoudite, il s’est abstenu d’attaquer les principaux intérêts pétroliers saoudiens. En conséquence, Saudi Aramco, la compagnie pétrolière publique, réalise des bénéfices record.

La position saoudienne est l’un des nombreux signes que les États-Unis ont perdu leur rôle hégémonique dans le Golfe.

Un deuxième éditorial, de l’archi-néoconservateur Robert Kagan dans l’Atlantic, un journal pro-guerre, confirme cette info. Kagan, qui avait poussé l’administration Bush/Cheney vers une guerre contre l’Iran, concède que les États-Unis ont perdu cette guerre :

Échec et mat en Iran. Washington ne peut ni inverser ni contrôler les conséquences de la perte de cette guerre. (archivé) – The Atlantic

Il est difficile de penser à une époque où les États-Unis ont subi une défaite totale dans un conflit, un revers si décisif que la perte stratégique ne peut être ni évitée ni ignorée.

La défaite dans la confrontation actuelle avec l’Iran sera d’un tout autre caractère. Elle ne peut être ni évitée ni ignorée. Il n’y aura pas de retour au statu quo ante, pas de triomphe américain ultime qui compensera ou surmontera le mal causé. Le détroit d’Hormuz ne sera plus “ouvert”, comme il l’était autrefois. Avec le contrôle du détroit, l’Iran émerge comme l’acteur clé de la région et l’un des acteurs clés du monde. Les rôles de la Chine et de la Russie, en tant qu’alliés de l’Iran, sont renforcés ; le rôle des États-Unis, considérablement diminué. Loin de démontrer les prouesses américaines, comme les partisans de la guerre l’ont affirmé à maintes reprises, le conflit a révélé une Amérique peu fiable et incapable de terminer ce qu’elle a commencé. Cela va déclencher une réaction en chaîne dans le monde entier alors que les amis et les ennemis s’adaptent à l’échec de l’Amérique.

Kagan reconnaît que les États-Unis n’ont aucun moyen de sortir de ce dilemme :

Même si Trump mettait à exécution sa menace de détruire la “civilisation” iranienne par de nouveaux bombardements, l’Iran serait toujours en mesure de lancer de nombreux missiles et drones avant la chute de son régime – en supposant que celui-ci s’effondre. Quelques frappes réussies pourraient paralyser les infrastructures pétrolières et gazières de la région pendant des années, voire des décennies, plongeant le monde et les États-Unis dans une crise économique prolongée. Même si Trump voulait bombarder l’Iran dans le cadre d’une stratégie de sortie – une action risdquée comme moyen de masquer une retraite – il ne peut pas le faire sans risquer une catastrophe.

Si ce n’est pas échec et mat, c’en est proche.

Kagan envisage l’alternative, une guerre totale contre l’Iran, mais la rejette comme une solution pire qui est susceptible de conduire à un échec encore plus grand :

À moins que les États-Unis ne soient prêts à s’engager dans une guerre terrestre et navale à grande échelle pour renverser le régime iranien actuel, puis à occuper l’Iran jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement puisse s’installer ; à moins qu’ils ne soient prêts à risquer la perte de navires de guerre transportant des pétroliers à travers un détroit contesté ; à moins qu’ils ne soient prêts à accepter les dommages dévastateurs à long terme sur les capacités productives de la région susceptibles de résulter des représailles iraniennes – s’en aller maintenant pourrait sembler la moins mauvaise option. Sur le plan politique, Trump pourrait bien penser qu’il a de meilleures chances de vaincre que de survivre à une guerre beaucoup plus grande, plus longue et plus coûteuse qui pourrait encore se terminer par un échec.

La défaite des États-Unis est donc non seulement possible, mais probable. Voici à quoi ressemble la défaite.

Le nouveau statu quo dans le détroit entraînera également un changement substantiel du pouvoir relatif et de l’influence à la fois au niveau régional et mondial. Dans la région, les États-Unis auront montré à tout le monde qu’ils ne sont qu’un tigre de papier, obligeant le Golfe et les autres États arabes à accueillir l’Iran. Comme l’écrivaient récemment les universitaires iraniens Reuel Gerecht et Ray Takeyh, “Les économies arabes du Golfe ont été construites sous l’égide de l’hégémonie américaine. Enlevez la – et la liberté de navigation qui va avec – et les États du Golfe iront inéluctablement supplier Téhéran.”

Ils ne seront pas les seuls. Toutes les nations qui dépendent de l’énergie du Golfe devront élaborer leurs propres arrangements avec l’Iran. Quel choix auront-ils ?

Kagan pense que la perte de la guerre contre l’Iran aura des implications beaucoup plus larges pour la position des États-Unis dans le monde entier :

L’ajustement mondial à un monde post-américain s’accélère. La position autrefois dominante des États-Unis dans le Golfe n’est que la première de nombreuses victimes.

Plus tard cette semaine, le président américain Donald Trump est censé se rendre en Chine. Un aperçu de la visite de l’administration, publié dans le Financial Times (archivé), prétend que les États-Unis peuvent toujours utiliser leur guerre pour faire pression sur le monde entier :

Je m’attends à ce que le président fasse pression”, a déclaré un responsable américain aux journalistes lors d’un briefing.

Il a déclaré que Trump reprendrait les discussions précédentes avec Xi sur le soutien de la Chine à l’Iran et à la Russie, notamment en leur fournissant des composants à double usage et des exportations potentielles d’armes.

« Je m’attends à ce que cette conversation se poursuive. Je pense que vous avez vu des actions, c’est-à-dire des sanctions, sortir du côté américain ces derniers jours qui, j’en suis sûr, feront partie de la conversation », a ajouté le responsable.

Le département d’État a imposé vendredi des sanctions à trois sociétés satellitaires chinoises pour avoir fourni des images et d’autres services à l’Iran, ce qui l’a aidé à mener des frappes militaires contre les forces américaines au Moyen-Orient. Le Trésor a également sanctionné Yushita Shanghai International Trade pour avoir aidé l’Iran à importer de Chine des systèmes de défense aérienne portables [Manpads].

Trump n’a toujours pas reconnu qu’après avoir perdu la guerre, l’outil des sanctions est également terminé. Ce n’est certainement pas dans l’intérêt de la Chine ou de quiconque d’aider les États-Unis à retrouver la position hégémonique qu’ils ont maintenant perdue dans le Golfe.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

songkrah.blogspot.com

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