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√Sous-performance chronique de la machine de guerre étasunienne – 2ème partie ~ Songkrah


Par Hua Bin − Le 26 avril 2026 − Source huabinoliver.substack.com

L’armée étasunienne ne peut pas rivaliser avec les contre-attaques de l’Iran ni l’avance technologique fulgurante et les avantages de coûts de la Chine.

Dans la première partie de cet article, j’ai détaillé les dégâts infligés par l’Iran sur le champ de bataille aux États-Unis durant le premier mois de guerre.

L’échelle et la portée des pertes d’actifs de haute valeur sont stupéfiantes, en totale opposition au narratif « victorieux » proclamé par le régime Trump.

L’épuisement des munitions défensives et offensives étasuniennes est sans précédent, surtout au vu de l’« intensité moyenne » du conflit dans le grand ordre des choses.

Bien que l’Iran constitue l’adversaire direct le plus sophistiqué techniquement des États-Unis depuis la Guerre Froide, ce pays reste une puissance moyenne, étouffée par des décennies de sanctions.

Pour illustration, le PIB et le budget de défense de l’Iran pour 2025 étaient respectivement de 356 milliards et de 9 milliards de dollars. En comparaison, le PIB 2025 et budget de défense de Singapour étaient respectivement de 604 milliards et de 17 milliards de dollars.

L’Iran ne dispose pas de véritable armée de l’air ni de marine. Le pays n’a pas de réseau de défense aérienne intégré (IADN) ni d’actifs spatiaux d’importance.

Les réussites remportées par l’Iran sur le champ de bataille résultent d’une guerre asymétrique, avec des drones à bas coût et des missiles balistiques à faible rayon d’action.

Divers éléments indiquent clairement que les États-Unis sont militairement incapables de mener une guerre de « grande puissance » : leurs technologies dépassées, leur faible profondeur d’approvisionnement, et leurs armements à haut coût et à faible densité ; nous allons les passer en revue en détail.

Pour parvenir à cette conclusion, dans la seconde partie de mon article, je vais discuter des enseignements militaires de la guerre en Iran.

Puis, je vais analyser en détail les plateformes d’armement étasuniennes, et démontrer que la Chine a déjà atteint la parité technique, et mène le jeu dans la plupart des catégories d’importance.

Qui plus est, la Chine a abandonné la doctrine de combat traditionnelle centrée sur la plateforme encore employée par l’armée étasunienne, et est passée à une nouvelle doctrine de système de systèmes.

La nouvelle doctrine met l’accent sur les systèmes sans pilote, à attrition élevée, haute technologie et faible coût, propulsés par l’intelligence artificielle, pour compléter les plateformes habitées à haute valeur

La doctrine est soutenue par des chaînes d’approvisionnement profondes, une fusion civilo-militaire, une échelle industrielle supérieure, et une capacité de montée en puissance, autant d’éléments qui font défaut au complexe militaro-industriel étasunien, privé, axé sur le profit, fonctionnant en flux tendu et sur un mode de ’boutique’.

Enseignements militaires de la guerre contre l’Iran

L’Iran comprend clairement que les limites de ses défenses aériennes l’empêchent de prévenir les bombardements aériens.

Les forces iraniennes se sont donc concentrées sur l’infliction de dégâts réciproques aux actifs américains et israéliens, plutôt que sur l’évitement des coups

Le 28 février, premier jour de guerre, l’Iran a neutralisé la capacité des États-Unis à « voir » et à contrôler le champ de bataille, en lançant des essaims de drones et des missiles hypersoniques pour détruire le radar stratégique d’alerte précoce au sol (SEWR — strategic early warning radar) (AN/FPS-132 Block 5) situé sur la base aérienne d’Al Udeid, au Qatar.

Le 17 mars, un drone kamikaze iranien Shahed-136 a frappé directement le radôme et l’antenne réseau à commande de phase d’un radar d’alerte précoce de longue portée AN/FPS-117 situé sur l’aéroport d’Al-Qaysumah, en Arabie Saoudite.

Le 20 mars, l’Iran a utilisé un essaim de drones et de missiles de croisière à basse altitude pour épuiser les intercepteurs du système THAAD de la base aérienne Prince Sultan, située en Arabie Saoudite, puis a envoyé un missile hypersonique Fattah-2 pour détruire le THAAD.

Le 23 mars, une frappe conjointe de Shahed-136 et Fattah-2 a mis hors service un autre radar AN/FPS-117 dans la région de Rafha, en Arabie Saoudite.

La destruction des radars d’alerte précoce à longue portée et des batteries THAAD a débouché sur un écart dans les défenses aériennes étasuniennes à moyenne/longue portée.

Les plateformes de défense en phase terminale, comme les Patriots, se sont retrouvés exposées aux attaques iraniennes.

Un système Patriot peut tracer plus de 100 cibles en même temps, mais ne peut guider que 18 intercepteurs en simultané, ce qui ouvre une fenêtre pour les essaims de drones et les missiles trop nombreux pour être abattus en un seul engagement.

D’autres drones et missiles ont alors pu, durant la phase de rechargement, pénétrer les défenses étasuniennes, et détruire la plateforme Patriot, qui coûte plus d’un milliard de dollars.

Au moins 3 batteries Patriots ont été détruites aux Émirats Arabes Unis, au Qatar et en Arabie Saoudite.

Les pertes de Patriots ont amené à des lacunes dans les défenses en phase terminale d’actifs et de bases aériennes clés, ce qui a permis la destruction par les Iraniens d’un AWACS Sentry E-3 et d’au moins 5 ravitailleurs KC-135 sur des aérodromes, en Arabie Saoudite.

Et ces pertes ont amené à une diminution du taux de sortie des avions de combat.

La réussite de l’Iran à mettre en œuvre des attaques par essaims de drones et missiles balistiques a créé toute une dynamique auto-entretenue d’impacts en cascade sur les défenses étasuniennes.

  • En détruisant ces nœuds critiques de défense aérienne, l’Iran a « aveuglé » les défenses étasuniennes et réduit le taux d’interception des missiles iraniens.
  • En affaiblissement la capacité des États-Unis à « voir » et « intercepter », l’Iran a pavé le chemin pour l’élimination par ses drones et missiles d’actifs de haute valeur comme les AWACS E-3 et les ravitailleurs KC-135.
  • Sans ces « multiplicateurs de force », la capacité des États-unis à générer des sorties dans l’espace aérien iranien s’est trouvée limitée.

En outre, la menace des missiles iraniens anti-navires a poussé le porte-avions USS-Lincoln à battre en retraite à plus de 1000 km du Golfe Persique.

Il s’en est suivi que les sorties aériennes lancées par porte-avions ont également été réduites, le « rayon de frappe » de la flotte aérienne du Lincoln n’est que 450 à 600 miles nautiques.

Les principaux avions de combat du Lincoln sont des F-35C Lightning II, dont le rayon de combat est d’environ 600 miles nautiques, et des Super Hornet F/A-18E/F disposant d’un rayon de combat de 390 à 450 miles nautiques. Aucun de ces avions ne peut mener de missions en Iran sans ravitaillement en vol.

Les attaques de saturation par drones et missiles ont également mis hors service les 13 bases étasuniennes du Golfe, en les rendant inhabitables.

Cela a contraint les quelque 50 000 personnels étasuniens stationnés dans la région à se cacher dans des bâtiments civils et à se loger dans des hôtels civils, dépourvus de défenses, qui ont ensuite été ciblés par l’Iran.

L’Iran a démontré que des armes de bas coût et produites en masse peuvent efficacement déborder les défenses aériennes les plus chères.

Joseph Staline a dit : « La quantité est en soi une qualité. » Voilà qui reste exact 80 ans plus tard.

Dans les faits, les États-Unis eux-mêmes furent durant la seconde guerre mondiale un modèle d’utilisation de leur capacité industrielle écrasante à armer aussi bien eux-mêmes que leurs alliés pour vaincre des Allemands supérieurs techniquement.

Un autre enseignement d’Iran est qu’une solution innovante à basse technologie peut être mise en œuvre pour vaincre d’onéreuses plateformes de haute technologie.

Le 19 mars, l’Iran a utilisé son missile indigène 358 (également connus comme SA-67) pour abattre un chasseur furtif F-35A qui survolait le centre du pays.

Le CENTCOM a confirmé que l’avion avait été abîmé, mais affirmé que le pilote s’en était sorti sans encombre et que l’appareil avait pu atterrir au Koweït.

Ainsi fut marqué le premier abattage au combat du vanté chasseur furtif F-35, qui se distingue par l’honneur douteux d’être le « système d’armement le plus cher de toute l »histoire » — quelque 2000 milliards de dollars selon le Congressional Budget Office des États-Unis. [Pour le lecteur intéressé, nous avons traduit toute une suite d’articles spécialisés sur le F-35, NdT.]

Le missile 358 est un « missile sol-air rôdeur » (coûtant entre 30 000 et 90 000 dollars) — un hybride entre le drone et le missile traditionnel, semblable au drone/missile chinois anti-radiation ASN-301 (nous en reparlerons plus bas).

L’Iran a utilisé un système de suivi passif plutôt que le radar actif traditionnel pour contourner la furtivité du F-35.

Les avions furtifs sont conçus pour rester invisibles au radar, mais leurs moteurs produisent une chaleur importante, détectable à l’infrarouge.

L’Iran a utilisé des capteurs infrarouges passifs pour suivre la signature thermique de l’avion sans alerter les détecteurs de radars qui auraient pu avertir le pilote.

Ils ont lancé un drone/missile rôdeur 358 dans la zone de combat, qui a volé lentement, dans l’attente d’une détection par ses capteurs optiques et infrarouges de la signature thermique du F-35, puis a lancé une « attaque silencieuse ».

Contrairement au missile anti-aérien traditionnel qui vole directement vers sa cible à Mach 2 ou 3, le 358 vole à vitesse subsonique, propulsé par un micro-turboréacteur

Il utilise des capteurs infrarouges (IR) et optiques pour trouver sa cible. Comme il n’émet pas de signal radar, il est « silencieux » — il ne déclenche pas les récepteurs d’avertissement radar (Radar Warning Receivers – RWR) d’un avion comme le F-35.

Si la vitesse du 358 le rend moins efficace face à un pilote réalisant des manœuvres d’échappement à haute force G, sa nature passive fait que de nombreuses cibles ne comprennent qu’elles sont ciblées que trop tard.

Le missile 358 peut également être utilisé en combinaison avec des missiles traditionnels à courte portée comme le Majid, et constitue une menace à faible coût pour des cibles aériennes de grande valeur telles que le F-35 (80 à 100 millions de dollars l’unité) ou le MQ-9 Reaper (30 millions).

Le 358 est responsable de l’abattage de la plupart des 24 MQ-9 Reaper perdus par les États-Unis jusqu’ici.

Malgré les assurances fallacieuses professées par Trump et Hegseth sur une « domination aérienne » de l’Iran, l’espace aérien iranien n’est pas du tout sûr pour les avions de chasse étasuniens, même les plus avancés, et les États-Unis sont contraints de consommer des munitions à longue portée, qui coûtent cher.

Et cette menace est provoquée par des armes dont le coût s’établit à une petite fraction de celui des avions et missiles étasuniens.

L’Iran a imposé un taux d’échange de coûts disproportionné aux États-Unis par la pratique de la guerre asymétrique.

D’évidence, le complexe militaro-industriel étasunien tient à cacher ces éléments au grand public étasunien, ainsi qu’à ses acheteurs potentiels dans d’autres pays.

L’Iran jouit de cet avantage de coût parce qu’il utilise une chaîne d’approvisionnement civile pour produire ses armes. L’Iran n’a pas accès à des chaînes d’approvisionnement militaires, qui sont sous sanctions étasuniennes.

Le Shahed-136 utilise un moteur civil, utilise de l’essence conventionnelle et non du kérosène d’aviation. Il utilise des matériaux composites pour son aile, une hélice en bois, et un système de guidage civil Beidou GNSS.

Le Shahed-136 exploite des points noirs des systèmes avancés de défense aérienne étasuniens, conçus pour intercepter des missiles balistiques et des chasseurs sophistiqués.

Il vole bas et lentement, et dispose d’une faible empreinte radar. La défense aérienne moderne n’est pas conçue pour gérer ce type de menace. Même s’il détecte sa cible, l’intercepteur étasunien coûte jusque 100 fois plus cher, voir plus, que ce drone à 30 000 dollars.

La guerre en Iran démontre également que les guerres modernes passent du paradigme de la supériorité technologique à celui de la capacité industrielle.

Par exemple, des drones à mille dollars sont déployés par milliers, alors que les intercepteurs à un million l’unité ne peuvent être fabriqués que par dizaines. Leurs cycles de productions se mesurent respectivement en jours et en mois, voire en années.

Les plateformes à coût élevé, à faible densité et à long délai de fabrication déployées par l’armée étasunienne, au plus grand bénéfice de Lockheed Martin, Boeing et RTX, sont fragiles face aux attaques de saturation comme les essaims de drones et les salves de missiles.

Outre le fait que « la quantité est en soi une qualité », l’asymétrie des coûts constitue également une arme en soi.

Face à des essaims d’armes à bas coût, le taux de réussite des interceptions n’a plus de sens. Lorsqu’un intercepteur Patriot PAC-3 à 4 millions de dollars est lancé pour abattre un drone à 30 000 dollars, c’est le défenseur qui perd malgré tout.

La Chine reconnaît depuis longtemps l’importance de l’asymétrie des coûts et la valeur de la masse/quantité dans la guerre moderne.

Norinco, un important sous-traitant de la défense, a produit en masse et exporté le drone Feilong-300-D pour un coût unitaire de 10 000 dollars, avec une portée de 1000 à 2000 km et une vitesse de 200 km/h, avec une configuration en aile delta et un moteur à piston, semblable au Shahed-136.

On peut lancer des centaines de Feilong-300D pour mener une seule attaque en essaim, pilotée par IA.

https://www.scmp.com/news/china/military/article/3331052/low-cost-killer-can-chinas-feilong-300d-suicide-drone-deter-rivals-and-impress-buyers

Autre exemple, le missile hypersonique YKJ-1000 (volant entre Mach 5 et Mach 7) fabriqué par la société privée Linkong Tianxing, située à Pékin.

Il est vendu au prix de 99 000 dollars, soit le même prix qu’un JDAM-LR étasunien, qui n’est en somme qu’une bombe gravitaire classique, munie d’un kit de guidage et larguée par un avion en vol.

Le YKJ-1000 a une portée de 1300 km et peut être lancé depuis des containers commerciaux standard, ce qui permet de le cacher dans des camions ou des navires civils.

Le YKJ-1000 est surnommé « missile ciment » du fait qu’il emploie des matériaux civils non traditionnels — comme du béton cellulaire — comme bouclier thermique pour survivre aux températures extrêmes du vol hypersonique.

Il utilise des puces de classe automobile, des optiques de drones grand public, et des pièces structurelles moulées sous pression pour casser les coûts.

Lingkong-Tianxing développe aussi actuellement une version en essaim, pilotable par IA, du YKJ-1000.

Alors que le YKJ-1000 de base privilégie surtout la production de masse à bas coût, cette nouvelle variante vise à transformer le missile, d’un projectile « aveugle », en un chasseur coopératif.

Il exploite des algorithmes embarqués de machine learning, de manière autonome, pour choisir sa cible, collaborer en groupe, et réaliser des manœuvres d’évitement.

Une grande partie de cette logique pilotée par IA provient de l’industrie chinoise dominante sur le marché du drone commercial, faisant usage de puces grand public et de composants de gestion de puissance nettement moins chers que du matériel militaire dédié.

Le YKJ-1000 est nettement moins sophistiqué que les missiles chinois hypersoniques tels que le DF-17, le DF-21D, le DF-27, le JY-19, le YJ-20 ou le CJ-1000, qui relèvent de l’état de l’art du secteur de la défense publique.

Mais son coût extrêmement faible fait du YKL-1000 un candidat idéal pour les attaques de saturation et pour servir de leurre stratégique, épuisant les intercepteurs des défenses aériennes ennemies avant que l’arsenal de pointe ne porte le coup final.

Vous trouverez davantage d’informations sur le YKL-1000 ici. https://interestingengineering.com/military/chinas-cement-coated-hypersonic-missile

La Chine est à la pointe sur la scène mondiale en matière de missiles hypersoniques, aussi bien en matière de sophistication technologique que de rapport qualité/prix. Nous allons voir cela plus bas.

Analyse des plateformes étasuniennes d’armement

Dans la première partie de mon article, j’ai indiqué que les États-Unis avaient engagé le meilleur de leur arsenal conventionnel dans la guerre en Iran.

Cela comprend des plateformes d’attaque comme le groupe de frappe du porte-avions USS Gerald Ford, les chasseurs furtifs F-22 et F-35, le Strike Eagle F-15E, le Super Hornet F/A-18, le Warthog A-10, les bombardiers B-2 et B-52, l’AWACS Sentry E-3, le ravitailleur KC-135, les drones Triton MQ-4C et Reaper MQ-9, et d’autres encore.

L’armée étasunienne a également déployé ses systèmes de défense les plus avancés, comme les systèmes au sol THAAD et Patriot, et les systèmes Aegis embarqués sur ses navires.

En matière de puissance de feu, les États-Unis ont déployé toutes les munitions de précision de leur arsenal offensif et défensif, comme des Tomahawk, des intercepteurs JASSM-ER, SM-3/SM-6, des intercepteurs THAAD et Patriot PAC-3, des ATACMS lancés par HIMARS, et les tous derniers missiles de frappe de précision à longue portée (PrSM).

Pour s’adapter au nouveau monde peuplé de drones suicides à bas coût, les États-Unis ont développé et déployé un clone du Shahed-136, du nom de LUCAS.

Si ces armes délivrent une puissance de feu massive sur un adversaire doté de défenses aériennes limitées, elles n’en comportent pas moins de multiples vulnérabilités.

La vulnérabilité la plus remarquable est la faible densité et la faible profondeur d’emport de munitions, ce qui signifie que les États-Unis ne disposent pas de matériel en quantité suffisante pour poursuivre la guerre, même d’intensité moyenne, au-delà d’une durée de quelques semaines. https://militarywatchmagazine.com/article/us-extreme-depletion-missile-stockpiles-iran

Il va falloir des mois, voire des années, pour remplacer ou réapprovisionner chaque perte d’armes et de munitions clés. L’armée étasunienne est donc fondamentalement une force qui frappe fort au départ, mais ne dispose ni d’endurance, ni de résilience.

En boxe, on surnomme les sportifs présentant ce profil « canons de verre ». Il est notoire qu’ils peuvent asséner des premiers coups formidables, mais qu’ils ne tiennent pas sur la durée.

Les exemples les plus éminents comprennent Earnie Shavers et Julian Jackson. Ces deux boxeurs sont célèbres comme frappeurs durs, pouvant « asséner », mais ne peuvent pas endurer un combat prolongé.

Mohammed Ali était l’exact opposé : il pouvait « danser » sur le ring pendant 15 rounds sans ralentir, avec une endurance infinie, et remporter ses matchs dans les derniers rounds.

Quelles sont les résultats d’Ali? Et qui se souvient de Shavers ou de Jackson?

L’armée étasunienne s’est transformée en puissance de type « canon de verre ».

Et cette situation est irréversible. Car l’actuel système d’acquisition d’armes, centré sur les plateformes, profite à un complexe militaro-industriel puissant politiquement et guidé par la recherche de profits.

La solution apportée par les États-Unis à cette vulnérabilité n’est pas d’innover et de fabriquer des armes modernes à bas coût et en masse, mais de doubler la mise en continuant sur leur lancée.

Le budget de guerre de 1500 milliards de dollars proposé par le régime Trump est une affirmation de ce système de corruption.

Autre aspect moins commenté des vulnérabilités étasuniennes exposées au cours de la guerre en Iran : la technologie et les armes dépassées sur lesquelles s’appuient encore aujourd’hui les États-Unis.

Nombreuses sont les armes utilisées dans cette guerre, encore considérées comme les meilleures de l’arsenal étasunien, qui furent de fait développées il y a des décennies, durant la Guerre Froide.

Elles sont par définition limitées par les technologies de l’époque, surtout en matière de capteurs, de radars, et de liaisons de données.

Elles pâtissent également de l’usure due à des décennies de déploiements à haute fréquence, et de coûts d’exploitation astronomiques, pièces et composants n’étant bien souvent plus produits.

Le ravitailleur KC-135 a volé pour la première fois en 1956, et la plupart des ravitailleurs utilisés aujourd’hui présentent une durée de vie de plus de 60 ans. Leur production a cessé de longue date, et leur maintenance est assurée en cannibalisant des appareils anciens conservés sur des cimetières.

Le Warthog A-10 a volé pour la première fois en 1972 ; il fut conçu pour détruire au canon les chars de l’Armée rouge en Europe de l’Ouest. L’appareil vol bas et lentement, sans capacité de survie face aux systèmes de défense aérienne moderne, même des lance-roquettes de base.

Il devait être retiré du service pour 2026, mais l’armée de l’air étasunienne a annoncé cette semaine qu’elle prolongeait sa durée de service jusque 2030, faute de remplaçant utilisable.

https://www.reuters.com/business/aerospace-defense/us-air-force-says-key-iran-warplane-a-10-warthog-will-live-2030-2026-04-20/

Le Strike Eagle F-15 a également volé pour la première fois en 1972 ; il avait été conçu pour la « supériorité aérienne » après la guerre du Vietnam. Ce chasseur, équipé de deux puissants réacteurs, disposé d’une puissance brute importante, mais son radar ancien, ses capteurs déconnectés les uns des autres, et ses capacités de réseau limitent ses performances.

Le missile de croisière Tomahawk fut développé dans les années 1970 et est entré en service en 1983. Les dernières versions Block V tirées de nos jours doivent embarquer des systèmes électroniques modernes dans un cadre conçu dans les années 1970.

Le missile de défense aérienne Patriot fut développé dans les années 1960. Bien qu’il reçoive des améliorations constantes (PAC-3 est sa dernière version en date), il subit une « limite matérielle » en raison du matériel originel — fuselage, systèmes de propulsion, refroidissement interne et bus de données n’ont absolument pas été conçus pour des technologies du XXIème siècle.

La philosophie de conception des années 1970 pour le Patriot était de voler « tout près » de sa cible et d’exploser (« Explosition-Fragmentation »). Mais pour arrêter un missile balistique durci et moderne, vous devez le frapper directement (« Toucher pour tuer »), une tâche qui dépasse les intercepteurs Patriot.

L’AWACS E-3 Sentry est entré en service en 1977, et sa production a également cessé depuis longtemps. Toujours très apprécié comme principal chef d’orchestre aérien (Air Battle Manager – ABM) de l’US Air Force, l’E-3 est incroyablement coûteux à entretenir, et sa cellule vieille de 50 ans aurait dû être retirée du service actif depuis longtemps.

Mais le successeur de l’E‑3 Sentry — le Boeing E‑7A Wedgetail — ne sera pas prêt avant au moins deux à trois ans, à supposer qu’il le soit un jour. Le Pentagone a en effet exclu tout financement pour l’E‑7 dans son projet de budget 2027, laissant son avenir incertain. https://www.airandspaceforces.com/pentagon-leaves-e-7-out-of-budget-2027/ [L’armée de l’air américaine n’a pour l’instant commandé que deux prototypes, et l’incertitude persiste sur la capacité de l’appareil à faire face aux menaces actuelles, telles que les essaims de drones et missiles de croisière, NdT].

Les États-Unis disposent d’une flotte totale de 16 Sentry E-3 dont seuls 7 ou 8 étaient en conditions opérationnelles avant la guerre. L’un d’entre eux a été perdu sur le tarmac de la base aérienne Prince Sultan suite à une frappe de drone iranien. Cette perte ne peut pas être remplacée.

La destruction de l’E-3 en Arabie Saoudite montre que même si ces avions restent en retrait au loin, ils sont vulnérables au sol à des frappes de missiles hypersoniques et de drones.

Comparaison avec la Chine

L’un des principaux défis de tout conflit dans le Pacifique réside dans la « tyrannie de la distance. » Pour apporter commandement et contrôle efficacement, il faut qu’un AWACS étasunien vole assez près de la ligne de front pour détecter les menaces difficiles à observer de la Chine, comme le J-20 ou le GJ-11.

Cependant, le développement par la Chine de missiles « tueurs d’AWACS », comme le PL-17, d’une portée de 400 km, ou le CJ-1000 à statoréacteur, d’une portée de 6000 km, a créé une « zone interdite » d’un rayon qui s’évalue en milliers de kilomètres.

En contraste, les AWACS chinois comme le KJ-3000, le KJ-700 ou le KJ-600 peuvent opérer en toute sécurité au sein de la bulle A2AD protégée par un réseau de défense aérienne totalement intégré (Integrated Air Defense Network – IADN).

Le réseau comprend des intercepteurs de défense terrestres ou embarqués sur des navires, de moyenne et de longue portée (HQ-29, HQ-19, HQ-9B, HHQ-9) et des défenses en phase terminale (HQ-11, HQ-20, canon de barrage Bullet Curtain et l’arme à micro-ondes anti-drone Hurricane-3000).

Norinco a développé deux armes inédites mondialement pour parer les essaims de drones.

Hua Bin

le 10 février 2026

Les drones laissent présage d’une nouvelle ère de guerre sur le champ de bataille ukrainien. Pas moins de 70% des morts signalés sont provoqués par des drones.

Comme les États-Unis comptent depuis longtemps sur la furtivité, considérée comme « fer de lance » de la supériorité aérienne, la Chine a construit un réseau de radars anti-furtivité.

La Chine a dépassé le stade de la détection par radar simple, et est passée à un modèle de fusion de capteurs distribués combinant plusieurs technologies spécialisées, créant un « réseau de mort » unifié.

Ce système comprend :

  1. « Tueurs de furtifs » à onde métrique & ultra-haute fréquence (UHF)
    Des radars à onde longue qui peuvent contrer la forme géométrique des avions furtifs comme le F-22 ou le F-35.

    • JY-27 : un radar AESA mobile à onde métrique dévoilé lors de la 11ème World Radar Expo en 2025. Il est conçu pour détecter les cibles furtives à longue portée, et peut se déployer en 10 minutes.
    • YLC-8E : Souvent appelé « pierre angulaire » du radar anti-furtif chinois, il opère sur les ondes UHF et peut suivre des cibles furtives à des distances dépassant les 500 km.
    • SLC-7 : Un « radar de renseignements » de 4ème génération pouvant simultanément suivre des avions furtifs, des drones, et même des munitions d’artillerie en approche.
  2. Détection passive et quantique de pointe
    Pour rester non détectée tout en suivant ses cibles, la Chine a massivement investi dans des capteurs qui n’émettent aucun signal détectable.

    • Radar quantique : en janvier 2026, la Chine a lancé la production en masse de détecteurs de photon simple, un composant critique du radar quantique. Ces systèmes utilisent des photons intriqués pour détecter des avions furtifs en identifiant de toutes petites perturbations électromagnétiques.
    • Détection passive : ces réseaux « écoutent » les perturbations dans des signaux de fond existants (comme les ondes télévisées ou radio) provoquées par le mouvement d’un aéronef, ce qui rend quasiment impossible leur brouillage ou leur localisation par un avion furtif.
  3. Intégration des nœuds aériens et spatiaux
    Les données de détection sont partagées en temps réel entre stations au sol, avions et satellites pour apporter une vision à 360 degrés.

    • AWACS de la série KJ : agit comme le pôle « omnivoyant » du réseau. Il fournit aux chasseurs chinois (comme le J-20) des données déportées de ciblage, ce qui leur permet de tirer des missiles contre des cibles furtives sans même devoir brancher leur propre radar.
    • Constellations de satellites : utilisent des capteurs optiques, radar et infrarouges pour apporter une surveillance quasiment continue d’actifs furtifs en orbite.
    • Illumination innovante : des expériences de recherche récentes ont même exploré l’utilisation de signaux issus des réseaux satellitaires Starlink pour « illuminer » et suivre des cibles furtives.
  4. IA et traitement de signal
    Le défi le plus important du radar anti-furtivité est le « fouillis » (le bruit). Pour résoudre ce point, les systèmes chinois de 2026 utilisent des motifs de reconnaissance par IA pour filtrer le bruit environnemental et confirmer la signature subtile d’un chasseur furtif en temps réel.

L’AWACS chinois a déjà atteint une avance générationnelle sur la technologie étasunienne.

Le KJ-3000 utilise un radar à balayage électronique actif à nitrure de gallium (active electronically scanned array – AESA) dans sa coupole rotative — deux générations d’avance sur le Sentry E-3, qui utilise un balayage électronique passif (passive electronically scanned array – PESA).

La technologie PESA s’est vue de longue date remplacée par la technologie AESA exploitant de l’arséniure de gallium (GaAs), qui s’est ensuite vu remplacé par l’AESA au nitrure de gallium (GaN).

Le KJ-3000 dispose également de capteurs passifs et de puissantes capacités de résistance au brouillage ; il s’agit du premier AWACS au monde à utiliser un radar numérique.

Le KJ-700 est doté d’une coupole rotative fixe à trois faces intégrant un AESA au nitrure de gallium, ainsi que des réseaux AESA latéraux et un capteur électro-optique/infrarouge unique.

La Chine a bloqué la voie à ses adversaires pour monter au niveau du GaN, du fait qu’elle détient le monopole du gallium de haute qualité utilisé dans les semi-conducteurs au nitrure de gallium.

En matière de technologie de drones, l’avantage de la Chine est encore plus patent.

En comparaison avec les drones suicides à bas coût de l’Iran, la Chine déploie la flotte de drones militaires la plus diversifiée et la plus avancée au monde.

Les drones de combat et de renseignement, surveillance et reconnaissance sans pilote de la Chine comprennent des drones à haute altitude et longue endurance (WZ-7, WZ-9, CH-7 et WZ-10), des drones « ailier fidèle » (GJ-11/21, Anjie, FH-97), ainsi que les seuls drones hypersoniques de renseignement, surveillance et reconnaissance au monde (WZ-8 à Mach 6 et MD-22 à Mach 7).

La Chine a déjà rendu opérationnel et déployé sur le terrain le couple avec/sans pilote (« ailier fidèle ») entre le J-20 et le GJ-11 ainsi qu’entre le J-35 et le GJ-21 (pour les opérations depuis des porte-avions), alors que le programme étasunien de collaboration de l’aviation de combat (collaboration combat aircraft – CCA) n’en est encore qu’au stade de prototype.

La Chine a déjà déployé le premier vaisseau mère drone au monde — le porte-avions à drones Jiu Tian — un véhicule aérien sans pilote (unmanned aerial vehicule – UAV) qui peut lâcher 100 drones plus petits ou des munitions rôdeuses.

Voici le porte-avions d’essaim de drones Jiutian — une merveille d’ingénierie digne d’un roman de science-fiction.
Hua Bin

le 7 juin 2025

L’attaque surprise ukrainienne contre des aérodromes stratégiques russes a déclenché des discussions sur les réseaux sociaux en Russie. Deux choses semblent en être sorties.

Pour le lecteur qui s’intéresse aux drones militaires chinois, vous pouvez consulter mes nombreux articles à ce sujet.

Drone WZ-9 — le « véhicule de détection » aérien chinois
Hua Bin
le 8 août 2025

En faisant attaquer les installations nucléaires iraniennes par des bombardiers furtifs B-2 en juin, le régime Trump a montré au monde que les pays dépourvus de systèmes de défense aérienne capables de détecter et de détruire les plateformes furtives avancées sont vulnérables.

CH-7 : drone furtif de renseignement, de surveillance, de reconnaissance et de frappe de précision
Hua Bin
le 19 août 2025

WZ-8 : drone furtif de pénétration hypersonique proche de l’espace
Hua Bin

le 11 août 2025

Un élément critique de la guerre moderne réside dans la redondance des systèmes. Lorsque les adversaires entrent dans une boucle sans fin d’innovations offensives et défensives, on ne peut plus compter sur le moindre système d’armement pour réaliser une tâche donnée.

Prenons pour illustration l’ASN-301, un drone très basique.

L’ASN-301, développé par l’Université polytechnique du Nord-Ouest chinoise, est un drone de base minimaliste à bas coût, qui fonctionne comme une munition rôdeuse et peut être piloté par une IA pour des attaques en essaim.

L’ASN-301 reprend le silhouette caractéristique du Shahed-136 : une aile delta sans queue à faible allongement, un fuselage cylindrique, un nez sphérique optoélectronique, et une hélice de propulsion à l’arrière.

Alors que le Shahed-136 n’est fondamentalement qu’une bombe volante guidée par GPS destinée à des cibles fixes, l’ASN-301 est une munition rôdeuse anti-radar sophistiquée, conçue pour rechercher et détruire les systèmes radar.

Le Shahed-136 iranien suit des coordonnées pré-programmées et explose à l’impact. Bien qu’il soit peu coûteux et fabriquable en masse, il ne peut pas s’adapter à des cibles mouvantes ou nouvellement activées.

L’ASN-301 peut faire tout cela. Équipé d’un autodirecteur anti-radar passif couvrant un large spectre de fréquences, il peut détecter, suivre et détruire de manière autonome les émetteurs radar actifs.

Sa tête explosive dispose d’un fusible de proximité laser qui disperse quelque 7000 fragments métalliques pré-conçus au moment de la détonation, spécialement optimisés pour détruire antennes radar, réseaux d’antennes paraboliques, et systèmes de contrôle, plutôt que provoquer des dégâts par la force brute.

L’ASN-301 peut se lancer depuis des systèmes de conteneurs chargés sur un camion, avec des drones multiples tirés simultanément depuis le même véhicule, ou depuis des navires de combat, ce qui apporte une flexibilité au déploiement aussi bien terrestre que navale.

Sa capacité à rôder au dessus d’une cible et à ne frapper qu’une fois le radar activé en fait une arme de destruction des défenses aériennes ennemies (suppression of enemy air defense – SEAD), un rôle habituellement joué par des missiles coûteux comme l’AGM-88 HARM pour l’armée de l’air des États-Unis.

Plutôt que de rester une arme individuelle comme le Shahed-136, des dizaines d’ASN-301 et de Feilong-300D peuvent se transformer en « meute » unique et coordonnée grâce à l’Atlas Swarm System, le cerveau logiciel qui est au cœur de ce que les cercles militaires chinois décrivent comme faisant partie de leur stratégie de « guerre intelligente ».

Au lieu de faire piloter chaque drone par un humain, le système Atlas permet à des centaines d’unités de communiquer entre elles et de prendre des décisions en temps réel sans interaction humaine.

Le système s’éloigne du « contrôle à distance » traditionnel et va vers la collaboration autonome :

  • Traitement distribué : il n’y a dans l’essaim aucun « drone mère. » Si le drone dirigeant le groupe est abattu, le groupe désigne automatiquement un nouveau chef.
  • Assignation automatique des tâches : si un essaim de 50 drones détecte un radar de porte-avions, le système Atlas pourrait envoyer 10 drones comme leurres, 20 pour brouiller les communications, et 20 pour frapper la cible — le tout en quelques secondes.
  • Désignation des cibles : pour éviter une « saturation » (lorsque 10 missiles frappent la même petite embarcation en ignorant une menace plus importante), le système s’assure que chaque drone identifie et frappe une cible unique au sein du groupe.

Les porte-avions comme l’USS Abraham Lincoln sont conçus pour suivre et abattre des cibles sophistiquées et véloces comme des missiles supersoniques. Mais le système Atlas exploite un « problème mathématique » :

  1. La profondeur de la réserve de munitions : le Lincoln transporte un nombre limité d’Evolved Sea Sparrow Missiles (ESSM) et de Rolling Airframe Missiles (RAM). Face à un essaim constitué de 200 drones peu coûteux, le porte-avions va épuiser ses missiles défensifs avant d’arriver à bout de l’essaim.
  2. La saturation radar : même les radars avancés SPY-1 ou SPY-6 peuvent avoir du mal à distinguer 100 petits drones du « fouillis » (comme les oiseaux ou les vagues), surtout lorsque les drones volent délibérément à différentes altitudes et vitesses.
  3. Asymétrie des coûts : lancer un missile d’interception à 2 millions de dollars pour abattre un drone à 10 000 dollars est une bataille financière perdue.

C’est ici que l’idiome « la quantité est en soi une qualité » prend toute sa substance. En utilisant le système Atlas, la Chine peut transformer une « quantité » de matériels peu onéreux, lancés en masse, en une menace de haute technologie « de qualité » pouvant paralyser un groupe de frappe coûtant un milliard de dollars.

Un autre exemple de l’avance chinoise en matière de technologie de combat aérien est celui de ses chasseurs de cinquième génération — le J-20 Mighty Dragon et le J-35 Gyrfalcon.

Le Raptor F-22 est le chasseur furtif de 5ème génération le plus avancé de l’arsenal étasunien. Il s’agit d’un chasseur bimoteur multitâche de « supériorité aérienne » considéré comme « fer de lance » des capacités aériennes étasuniennes.

Il a été développé dans les années 1980 et est entré en service en 1997. La production a été arrêtée en 2011 après que 187 appareils seulement soient sortis des chaînes d’assemblage, bien moins que les 750 avions initialement prévus, en raison de coûts élevés et d’un glissement des objectifs vers le F-35 et les guerres de contre-insurrection.

Malgré la supériorité de ses capacités de furtivité, de vol supersonique et de manœuvrabilité en combat rapproché, le F-22 a une génération de retard sur le chasseur chinois de 5ème génération équivalent — le Mighty Dragon J-20 — en technologie radar et pour les missiles air-air ciblant des appareils hors de portée visuelle.

Le F22 exploite un radar AESA à l’arséniure de gallium (GaAs) et peut lancer des missiles air-air AIM-120D (portée de 160 à 180 km), alors que le J-20 a un radar au nitrure de gallium (GaN) et des missiles PL-15 (200 à 250 km).

Lors d’un combat aérien moderne « premier à voir, premier à tirer », le J-20 peut « voir et tirer » en premier, et d’une distance plus importante que le F-22.

On pourrait affirmer que le F-35 Lightning II est le dernier et le meilleur aéronef de l’arsenal étasunien. Cela découlerait d’une perception totalement erronée.

Le F-35 est un chasseur léger monoréacteur « multi-rôle », un joker. Malgré son prix astronomique, ce chasseur présente une vitesse plus réduite, un rayon d’action plus restreint, et une puissance de feu moindre.

La vitesse maximale du F-35 est Mach 1,6, contre Mach 2 à 2,5 pour le J-20. Le rayon de combat du F-35 est de 1200 à 1400 km, contre 2000 à 2200 km pour le J-20.

L’altitude de service maximale du F-35 est d’environ 50 000 pieds, contre 66 000 pieds pour le J-20. La capacité d’emport du F-35A est d’à peine 8 200 kg, contre 12 700 kg pour le J-20.

Le F-35 est une arme de catégorie inférieure au J-20 selon toutes les spécifications et selon tous les types de missions.

L’homologue chinois du F-35 est le Gyrfalcon J-35, également déployé sur la flotte chinoise de porte-avions.

Comme je l’ai écrit dans un article passé, les lots les plus récents de F-35, à partir du Lot 17, sont équipés de « poids de musculation » plutôt que d’un radar dans leur cône de nez, car le radar amélioré de Northrop ne sera pas prêt avant le Lot 20, en 2028.

Les F-35, dénués de radar, restent fondamentalement des appareils « aveugles », en mesure de voler, mais incapables de mener à bien une mission.

Dans dix ans, les États-Unis ne feront même plus semblant de pouvoir entrer en guerre contre la Chine.

Hua Bin

le 27 févr 2026

J’ai écrit à de multiples reprises que la Chine l’emportera dans toute guerre cinétique aux abords du territoire chinois contre les États-Unis et leurs alliés.

Même le jalon de 2028 reste très incertain, la Chine ayant interdit toute exportation à destination des États-Unis de gallium, nécessaire à la mise à jour du radar du F-35 vers la technologie GaN — la raison précise de sa « cécité ».

La Chine dispose de 100% des parts de marché du gallium raffiné 5N (pur à 99.999 %) nécessaire à la production de semi-conducteurs de nitrure de gallium.

En 2024, la Chine avait annoncé une interdiction de toute exportation de gallium, germanium et tungstène, autant de matières premières critiques pour les productions de défense.

La Chine ne s’est pas contentée de rattraper son niveau face aux États-Unis avec son programme de chasseur de 5ème génération, mais a également pris la tête pour développer le chasseur de 6ème génération.

Deux prototypes de chasseurs chinois de 6ème génération (le J-36 et le J-50, également connu sous le nom de J-XD), ont pris leur envol depuis décembre 2024, et de nombreuses variantes de chacun de ces avions ont volé depuis lors, démontrant une cadence de développement inédite.

Le déploiement opérationnel de ces appareils est prévu vers 2030. Allez lire mon post sur le J-36. https://huabinoliver.substack.com/p/chinas-j-36-six-generation-fighter

Face à cela, le F-47, le chasseur étasunien de 6ème génération, ne disposera d’un prototype prêt à voler qu’en 2028 au plus tôt.

Tout est aligné pour que la Chine déploie des chasseurs de 6ème génération sur le terrain avec 5 à 8 années d’avance sur les États-Unis.

En résumé, les États-Unis n’ont aujourd’hui aucun avantage technique en matière de supériorité aérienne sur la Chine, et ils ne feront que prendre du retard dans les années à venir.

L’avantage de la Chine en matière de technologie des missiles est encore plus grand que dans les domaines des drones et des chasseurs habités.

La Chine est le numéro un mondial incontesté en matière de missiles hypersoniques, toutes portées et toutes technologies de propulsion confondues, du véhicule de glissement hypersonique (hypersonic glide vehicle – HGV) au statoréacteur à combustion supersonique (scramjet).

Cet arsenal de missiles hypersoniques, divers et mature, comprend des systèmes à lancement terrestre, maritime et aérien.

        1. Systèmes basés au sol
          • DF-17 (portée moyenne) : le premier et le plus connu de la flotte hypersonique chinoise ; il exploite un véhicule de glissement hypersonique (HGV). Il circule entre Mach 5 et Mach 10, est mobile par voies routières, et dispose d’une portée estimée entre 1800 et 2500 km.
          • DF-27 (portée intermédiaire) : souvent désigné comme « véhicule de glissement stratégique », il s’agit d’un système à plus grande portée — estimée entre 5000 et 8000 km—, capable de frapper des cibles aussi éloignées que Hawaï ou le continent des États-Unis.
          • DF-21D & DF-26 : au départ considérés comme des missiles balistiques anti-navires, leurs véhicules de rentrée manœuvrables (maneuverable reentry vehicles – MaRVs) peut atteindre des vitesses hypersoniques dépassant Mach 10 durant leur phase terminale.
        2. Systèmes basés en mer
          • YJ-21 (Eagler Strike 21) : un missile hypersonique « tueur de porte-avions » intégré dans le système de lancement vertical des destroyers de type 055. Sa vitesse de croisière est de Mach 6 et il accélère jusque Mach 10 durant sa phase terminale.
          • YJ-20 : missile anti-navire hypersonique ultra-compact spécialement conçu pour les cellules VLS des destroyers de types 052D et 055.
        3. Systèmes à lancement aérien
          • KD-21 (YJ-21 à lancement aérien) : une variante à lancement aérien, portée par le bombardier H-6K. Vitesse terminale de Mach 10 et portée maximale de 3000 km.
        4. « Scramjet » avancé & systèmes expérimentaux

      Contrairement aux missiles précédents à lancement propulsé suivi d’un vol en glissement hypersonique (boost-glide) évoqué précédemment, ceux-ci utilisent des moteurs à respiration d’air pour maintenir un vol hypersonique.

          • YJ-19 & CJ-1000 : démarrés en 2025, il s’agit de missiles de croisière propulsés par scramjet qui volent à des altitudes plus basses (20 à 30 km), ce qui rend plus difficile leur détection au radar.

      Le CJ-1000 se déplace à Mach 6 et dispose d’un rayon maximal de 6000 km. Il peut frapper des cibles mouvantes sur terre, mer ou aériennes, y compris les AWACS ennemis ou les ravitailleurs opérant à longue distance de la ligne de front.

        • Starry Sky-2 (Xingkong-2): un concept expérimental de « surfeur d’onde de choc » hypersonique testé pour la première fois en 2018, qui doit utiliser ses propres ondes de choc pour rester en sustentation.

    Plus haut dans l’article, j’ai analysé le missile hypersonique YKJ-1000, qui constitue un exemple d’armement de haute technologie à très bas coût, produit en masse, fabriqué avec des composants grands publics.

    Si vous vous intéressez aux missiles hypersoniques, j’ai écrit un article l’an passé au sujet de deux armes propulsées par scramjet, dévoilées lors de la parade militaire de Pékin en septembre 2025 — le CJ-1000 et le YJ-19. C’est ici https://huabinoliver.substack.com/p/meet-chinas-two-scramjet-powered
    En revanche, les États-Unis sont loin derrière la Chine, la Russie, la Corée du Nord ou l’Iran dans le développement de leurs programmes de missiles hypersoniques. Ils n’en ont encore déployé aucun à grande échelle, et leurs essais de missiles ont subi de multiples revers

    https://defencesecurityasia.com/en/us-hypersonic-crisis-12-billion-zero-missiles-dark-eagle/

    En Ukraine, on a un temps vanté le HIMARS comme « arme miracle ». Comparons ce système à lancement multiple de missiles (multiple launch rocket system – LMRS) avec son homologue chinois — le PCL-191.

    Le système transporte diverses munitions modulaires :

    • Des missiles de 300 mm : engagement à courte portée, entre 70 et 150 km.
    • Des missiles guidés de 370 mm : portée de 280 à 350 km. Chaque véhicule peut transporter huit missiles de ce type, dont on s’attend à ce qu’ils soient utilisés pour des frappes de précision en cas de conflit pour Taïwan.
    • Des missiles balistiques tactiques : connus sous le nom de Fire Dragon 480, ils étendent la portée du système à 500 à 750 km.

    La portée du PCL-191 dépasse significativement celle du HIMARS, qui dispose d’une portée maximale de 300 km environ avec des missiles ATACMS.

    Le tout dernier missile PrSM présente une portée maximale de 500 km. Les États-Unis ont épuisé tout leur stock de PrSM durant les 3 premières semaines du conflit contre l’Iran.

    Le PCL-191 peut atteindre n’importe quel point du territoire taïwanais depuis le continent chinois, et peut assurer un bombardement de saturation avec une mobilité élevée (le lanceur routier peut rouler jusqu’à 80 km/h) à bas coût (un tiers du coût d’autres missiles présentant la même portée).

    En matière de puissance maritime, les États-Unis disposent d’une flotte de porte-avions qui dépasse largement celle de la Chine (11 contre 3). Cette différence reflète les profils de missions distincts des groupes aéronavals de leurs marines respectives.

    Les États-Unis sont concentrés sur une « projection de puissance globale », alors que la Chine construit volontairement sa flotte pour assurer sa défense maritime et interdire les accès aux abords de ses eaux territoriales

    Le dernier porte-avions chinois en date, le Fujian, a déjà atteint la parité technologique avec l’USS Gerald Ford. Les deux vaisseaux disposent des systèmes de lancement d’avions électromagnétiques les plus avancés (EMALS).

    L’EMALS à courant continu dont dispose le Fujian est supérieur à l’EMALS à courant alternatif du Ford, qui souffre de failles de fiabilité, de stockage d’énergie et de pannes de courant bien documentées.

    La principale différence technique entre les deux porte-avions est l’architecture de leurs systèmes électriques respectifs : le Fujian exploite un système à courant continu, alors que l’USS Gerald Ford dispose d’un système à courant alternatif.

    Le courant continu à moyenne tension du Fujian, développé par Ma Weiming, le légendaire ingénieur naval et plus jeune membre de l’académie chinoise d’ingénierie à seulement 41 ans, élimine le besoin de transformateurs complexes et de systèmes redresseurs utilisés dans les réseaux à courant alternatif.

    Les systèmes à courant continu sont intrinsèquement plus fiables lors des variations et coupures de puissance, ce qui est un point central pour les pics de puissance exigés par les lanceurs électromagnétiques.

    L’EMALS du Fujian présente un taux d’échec inférieur à 0,1% (un échec tous les 1000 lancements), une fiabilité nettement supérieure à celle du système alternatif du Ford, qui présente un échec tous les 181 à 272 lancements.

    À ce jour, le porte-avions Ford ne peut toujours pas intégrer le F-35C, principal chasseur furtif de la Navy, alors que le Gyrfalcon J-35 (l’homologue du F-35C) est d’ores et déjà en service sur le Fujian.

    La force sous-marine nucléaire de la Navy étasunienne présente encore une supériorité numérique sur celle de la Chine, mais cette dernière a réalisé des percées critiques en technologie de détection de sous-marins, avec des détecteurs de gravité à supraconducteurs, ce qui remet en question la survie de la flotte sous-marine étasunienne. Voir ces liens au sujet de cette technologie :

    https://interestingengineering.com/military/chinas-sensor-detect-hidden-us-nuclear-submarines
    https://johnmenadue.com/post/2026/04/new-detection-tech-could-make-aukus-submarines-obsolete/

    Le domaine spatial est devenu un enjeu central de la compétition militaire entre grandes puissances.

    Beidou, le système chinois de navigation par satellite, a dépassé le système GPS en couverture mondiale, en précision, et en résistance au brouillage — un fait ouvertement reconnu par les dirigeants militaires étasuniens.

    Il est instructif de comparer Beidou et GPS pour mesurer le bond en avant que la Chine a réalisé au cours des deux dernières décennies par rapport aux systèmes étasuniens vieillissants.

    Le système GPS a été lancé dans les années 1970, et la constellation Beidou au début des années 2000.

    Beidou utilise une constellation nettement plus dense, composée de 56 satellites, par rapport aux 31 satellites du GPS étasunien.

    Beidou est également supporté par 120 stations de surveillance au sol, implantées dans le monde entier, plus de 10 fois plus que pour le GPS.

    Il s’ensuit que Beidou présente une meilleure disponibilité du signal, et une plus grande précision. Le positionnement de Beidou à usage public/civil est de moins d’1 mètre, contre 3 à 5 mètres pour le GPS. Les usages militaires/chiffrés présentent une précision de 1 cm, contre « mesurable en centimètres » pour GPS.

    Beidou supporte également une communication à double sens, alors que GPS est unidirectionnel.

    À l’instar des armes utilisées sur le champ de bataille iranien, de nombreux satellites GPS sont des systèmes désuets, d’ancienne génération.

    Si tous les systèmes mondiaux de navigation par satellite (global navigation satellite systems – GNSS) sont vulnérables au « brouillage » et aux « faux émetteurs » — en raison du fait que les signaux GNSS sont très faibles en atteignant la surface du globe, le GPS est dans la pratique plus touché, surtout pour des applications militaires ou présentant des enjeux importants.

    Le GPS s’appuie lourdement sur ses signaux civils vieillissants. Son encodage ancien est facile à brouiller ou à duper. Même les GPS militaires modernes utilisent des signaux non dotés de la modulation avancée des systèmes plus récents.

    Il est souvent possible de brouiller GPS avec des dispositifs peu coûteux et peu puissants, car les récepteurs du signal se verrouillent d’emblée sur les codes familiers et vulnérables.

    Les États-Unis ont tardé à déployer totalement les fonctionnalités renforcées de dernière génération à bord de leur flotte (même si les satellites GPS III améliorent ce point avec l’encodage M pour les usages militaires). Les plus vieux satellites et le vaste parc d’anciens récepteurs restent des points faibles.

    La mise à jour vers GPS III, qui vise à répondre aux nouveaux standards au milieu des années 2030, subit déjà des revers. Voir ce lien :

    https://arstechnica.com/space/2026/03/after-16-years-and-8-billion-the-militarys-new-gps-software-still-doesnt-work/

    Malgré des investissements qui se chiffrent en milliards et une décennie de travail, les États-Unis ont échoué dans la mise à niveau des systèmes au sol du GPS, et ont abandonné leur système de contrôle des opérations de nouvelle génération (Next Generation Operation Control System – OCX).

    https://spacenews.com/pentagon-officially-ends-ocx-program-citing-risk-and-delays/

    En revanche, Beidou-3 (la version mondiale, opérationnelle depuis 2020) a été conçu plus tard, en intégrant les leçons tirées des vulnérabilités de GPS et les technologies modernes de traitement de signal.

    Beidou déploie des structures et des modulations de signal comme MBOC (multiplexed BOC), AltBOC et ACE-BOC.

    Par rapport à GPS, ces technologies apportent une meilleure séparation spectrale, des débits de code plus élevés, et une résistance améliorée aux interférences et aux trajets multiples.

    Beidou combine des satellites en orbite moyenne (medium-earth-orbit – MEO), géostationnaire (GEO) et inclinée (IGSO). S’ensuit une meilleure couverture régionale (surtout pour l’Asie et l’Afrique) et une meilleure redondance au brouillage partiel.

    Beidou intègre par ailleurs des systèmes de secours terrestres (référence de temps fibrée, systèmes à ondes longues, stations terrestres), ce qui réduit la dépendance exclusive aux signaux spatiaux.

    Ce trio multicouche entre positionnement, navigation et référence de temps (positioning, navigation, timing – PNT) rend l’ensemble du système plus robuste en environnement hostile.

    Beidou a été conçu dès le départ pour résister au brouillage et aux injections (c’est-à-dire, meilleure précision de portée, résistance aux trajets multiples).

    Dans les conflits recensés, les rapports indiquent que les systèmes utilisant Beidou ont maintenu une fiabilité nettement supérieure (environ 98 %) face au brouillage qui paralysait le GPS (environ 70 % d’échec).

    L’Iran, en se débarrassant de GPS pour passer à Beidou à l’issue de la guerre des 12 jours, a fortement amélioré sa précision de ciblage des cibles étasuniennes et israéliennes lors de la guerre en cours.

    La destruction de nombreuses cibles de haute valeur le démontre, malgré des capacités ennemies supérieures en matière de guerre électronique.

    Le lecteur peut consulter ce rapport de Defence Security Asia pour voir comment l’Iran s’en est sorti avec Beidou face au brouillage israélien.

    https://defencesecurityasia.com/en/iran-beidou-satellite-navigation-twelve-day-war-gps-jamming-israel-electronic-warfare/

    Outre Beidou, les satellites chinois avancés en orbite géostationnaire assurent une surveillance permanente et continue des actifs militaires hostiles.

    Avec seulement trois satellites de ce type positionnés stratégiquement, à 35 800 km d’altitude, la Chine peut assurer une couverture de reconnaissance mondiale, permanente et tous temps, des cibles de haute valeur, y compris des groupes aéronavals étasuniens.

    Pékin a récemment publié une série d’images radar en provenance d’un satellite géostationnaire, démontrant le suivi continu d’un navire cargo en Mer de Chine du Sud, sur plusieurs jours.

    L’événement a marqué la toute première fois où un radar géostationnaire à ouverture synthétique (synthetic aperture radar – SAR) a réalisé un suivi sur le long terme d’une cible maritime en mouvement.

    Cette percée accorde à Pékin la surveillance en continu des flottes étasuniennes sur tous les océans.

    Contrairement aux satellites en orbite basse qui ne survolent un emplacement que durant quelques minutes, cette plateforme de radar géostationnaire maintient une surveillance permanente indépendante de la couverture nuageuse, de l’obscurité et des fortes interférences océaniques.

    Les scientifiques de l’université de Tsinghua ont dévoilé une nouvelle architecture de traitement de données, en mesure d’isoler les faibles échos des navires du violent bruit maritime à des distances jusqu’alors considérées comme impraticables.

    Pour égaler cette performance au moyen de systèmes en orbite basse, les autres pays devraient déployer des centaines, voire des milliers de satellites en orbite basse.

    Les satellites en orbite basse, comme la constellation Starlink et les satellites militaires radar étasuniens actuels, opèrent à 160 à 2000 km de la surface du globe.

    En temps de guerre, ils sont donc sujets au brouillage et à la destruction au moyen d’armes cinétiques basées au sol, électromagnétiques ou anti-satellites (ASAT).

    En contraste, les satellites qui opèrent au niveau géostationnaire (à environ 35 786 km du sol) sont hors de portée des armes actuelles.

    Le premier groupe aéronaval étasunien approchant Taïwan ou la Mer de Chine du Sud peut désormais être détecté, suivi et ciblé bien plus rapidement que selon les estimations passées.

    La marine des États-Unis a longtemps compté sur la météo, la distance et les écarts prévisibles entre les passages de satellites de reconnaissance en orbite basse pour dissimuler ses mouvements.

    Pour les planificateurs du Pentagone, la présence de satellites géostationnaires SAR est équivalente à un nouveau champ de bataille sur lequel aucune dissimulation en mer n’est plus possible.

    Le lecteur pourra trouver plus d’informations sur cette technologie ici :
    https://defencesecurityasia.com/en/china-three-satellites-track-us-warships-pentagon-end-of-naval-stealth/

    Grâce à ses percées dans les domaines des missiles hypersoniques, des drones, des chasseurs de sixième génération, de la détection sous-marine quantique et des technologies spatiales, la Chine s’est assuré une avance générationnelle dans de multiples secteurs militaires critiques.

    Dans un article à suivre, j’analyserai les fondements sur lesquels reposent ces percées. Une étude menée sur plusieurs années par l’ASPI, un think tank australien, a suivi les classements des recherches mondiales de 74 technologies critiques, dont de nombreuses technologies militaires.

    Selon les rapports parus au cours des dernières années, la Chine est non seulement en tête en recherche de pointe sur la plupart des technologies ainsi suivies, mais a même accru son avance.

    Le rapport 2026 de l’ASPI conclut que la Chine est désormais en tête sur 69 des 74 technologies critiques suivies.

    L’investissement de la Chine dans les domaines scientifiques et technologiques fondamentaux constitue le fondement de sa percée militaire fulgurante. On peut trouver l’article de résumé ici :
    https://www.aspi.org.au/programs/critical-technology-tracker/

    La plupart des observateurs, surtout en Occident, continuent de croire aveuglément que les États-unis disposent d’armes supérieures à celles de leurs adversaires.

    Ils ont sans aucun doute vu opérer les armes étasuniennes beaucoup plus que les chinoises, la vision de la guerre entretenue par la Chine étant celle du dernier recours, contrairement au « harceleur du monde » à la gâchette facile.

    La comparaison des machines de guerre des deux pays me semble similaire à la bataille entre les véhicules thermiques et électriques.

    La plupart des gens classent respectivement les technologies thermique et électrique comme « la puissance contre l’environnement ». Rares sont ceux qui ont compris que les véhicules électriques présentent une accélération beaucoup plus puissante (passage du 0 au 100 km/h plus rapide) et une haute efficacité énergétique (85-90% contre 25-30%).

    Les véhicules électriques sont physiquement plus robustes que leurs homologues thermiques (20 pièces en mouvement contre 2000 environ), et n’émettent quasiment aucun bruit, et encore moins de polluants.

    Rares sont ceux qui savent que les véhicules électriques exigent 50% de frais en moins sur l’ensemble de leur durée de vie, comme les changements d’huile, de bougies, et les réparations de pots d’échappement. Le coût au kilomètre du véhicule électrique s’établit au tiers de celui du véhicule thermique.

    Les batteries modernes de CATL et BYD sont conçues pour durer 15 à 20 ans (ou jusqu’à 500 000 à 600 000 km), ce qui dépasse de loin la durée de vie d’utilisation d’un moteur à combustion.

    Comparer les logiciels et les systèmes d’info-divertissement d’une voiture électrique et d’une voiture thermique n’a tout simplement pas de sens.

    De nombreuses personnes continuent de croire, par intuition et par habitude, que les véhicules thermiques sont plus fiables et ont de meilleures performances que leurs homologues électriques.

    Les gens qui continuent de croire à la supériorité de l’armée étasunienne souffrent de la même « dissonance cognitive » que celles qui croient en la supériorité de la voiture thermique, du simple fait qu’elle est éprouvée depuis longtemps et familière.

    Mais pour qui comprend en profondeur la technologie militaire moderne ainsi que la capacité industrielle et la résilience des chaînes d’approvisionnement, il apparaît que les États-Unis n’auront aucun avantage sur la Chine en cas de guerre majeure. Et cet écart continue de se creuser avec le temps.

    La guerre contre l’Iran a d’ores et déjà prouvé que l’armée étasunienne n’est pas au niveau.

    J’imagine que les sentiments mêlés entretenus par les planificateurs de guerre du Pentagone concernant les capacités militaires de la Chine sont semblables à ceux de Jim Farley, le PDG de Ford Motors, au sujet des véhicules électriques chinois. Ils savent quel camp est le meilleur, mais ne peuvent admettre leur défaite.

    Farley parle ouvertement d’un écart « humiliant » en matière de technologie et de coûts entre les fabricants automobiles occidentaux et leurs rivaux chinois comme BYD. Il conduit un SU7 produit par Xiaomi, et l’a décrit comme « fantastique », ajoutant qu’il « ne voulait pas l’abandonner ».

    Farley décrit les véhicules électriques chinois comme nettement supérieurs aux modèles occidentaux, en soulignant particulièrement l’intégration numérique.

    Mais il n’en a pas moins décrit à plusieurs reprises l’industrie automobile chinoise comme une « menace existentielle » pour Ford et l’économie des États-Unis.

    Au mois d’avril 2026, Farley a précisé qu’autoriser les véhicules électriques chinois sur le marché étasunien serait « désastreux » pour l’économie étasunienne.

    Il affirme que ce serait « un combat injuste » d’autoriser les fabricants chinois à vendre des voitures de haute technologie à des prix que les entreprises occidentales ne peuvent pas se permettre.

    Pour « gagner », les fabricants étasuniens doivent empêcher les véhicules électriques de pénétrer le marché. C’est-à-dire vaincre en refusant la compétition.

    Il en ira de même du défi militaire étasuno-chinois — pour dissimuler le fait que les États-Unis n’ont aucune chance de l’emporter, leur meilleure option est de ne pas se battre.

    Le roi est nu.

    Hua Bin est un ancien cadre dirigeant chinois l’auteur du blog Hua’s Substack, où il publie des analyses sur des sujets liés à la Chine, au commerce, à la technologie et aux affaires militaires. Sa ligne éditoriale affichée est de se concentrer sur « pas d’idéologie, seulement des données et des faits ».

    Traduit par José Martí pour le Saker Francophone

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