√Une moralité qui aveugle les relations internationales ~ Songkrah
Par Moon of Alabama – Le 5 aout 2026
Il y a quelques années, Paul Robinson, un spécialiste canadien de l’histoire russe, a écrit sur deux différents points de vue concernant les règles politiques internationales :
J’ai souligné que la Russie et l’Occident prétendaient tous deux être en faveur d’un « ordre fondé sur des règles » et que chacun accusait l’autre de briser cet ordre. Le problème, j’ai conjecturé, découle d’une compréhension différente de ce que sont les règles et de la manière dont elles devraient être appliquées.
La Russie croit en un ordre traditionnel, westphalien, dans lequel les États sont des entités souveraines égales. Les règles s’appliquent également à tous, peu importe qui ils sont ou ce qu’ils font. Les États ne peuvent agir contre d’autres États qu’avec l’autorisation d’une juridiction supérieure, c’est-à-dire le Conseil de sécurité des Nations Unies. Bien sûr, la Russie ne respecte pas à 100% les règles de son propre modèle, mais son option préférée reste celle de la symétrie juridique – les mêmes règles s’appliquent à tous.
En revanche, le raisonnement sur les droits de l’homme a poussé l’Occident dans une direction opposée, vers une préférence pour l’asymétrie juridique. Dans ce modèle, les justes et les injustes, ceux qui respectent et ceux qui ne respectent pas les droits de l’homme, ne sont pas égaux juridiquement ou moralement.
Dans un article récent, un autre spécialiste canadien de la Russie, Patrick Armstrong, développe cela. La politique russe récente a adopté la vision westphalienne des choses parce qu’elle a appris de son passé où elle avait essayé d’appliquer une politique internationale basée sur un raisonnement moral et avait largement échoué :
Moscou a passé sept décennies à promouvoir une vision exceptionnaliste/moraliste – le premier État socialiste du monde, l’avenir radieux de l’humanité et tout ça – et a constaté que c’était un échec complet. Elle a appris à ses dépens que les pays sont tels qu’ils sont et doivent être traités tels qu’ils sont. La posture moralisatrice mène à l’échec.
L’Occident, en revanche, n’a pas encore appris cette leçon. Il insiste sur une vision « morale » (très subjective) des choses :
Le premier problème avec la vision du monde moraliste est que l’on devient rapidement très restreint sur le choix de nos interlocuteurs. Après tout, le Bien ne peut pas reconnaître le Mal. Surtout après que tous les mots de guerre soigneusement construits ont été déployés : les « affirmations » du « régime » ne sont « pas vérifiées », c’est de la « désinformation » diffusée par les « médias d’État » ; ce sont des « arguments » de « propagande ». Les Bons, les Justes, en revanche, ont des gouvernements démocratiques, disent la vérité et ont des médias libres. Plus le Bien souligne le mal de l’autre, moins il peut le comprendre. Et ne doit certainement jamais polluer sa pureté en rencontrant les Méchants.
Adhérer à de telles vues moralistes rend incapable de dialogue et de jugement sain :
Lorsque la supériorité morale s’enracine, d’autres supériorités s’enracinent rapidement. Nous sommes moralement meilleurs et tout ce que nous faisons est meilleur aussi. Le mal échoue partout, en temps de guerre comme en temps de paix. Nos outils fonctionnent mieux et nous les utilisons mieux. Les moralement inférieurs sont mauvais à la guerre aussi. Et nous en arrivons ainsi, pour citer un certain aquarelliste autrichien, à attendre « qu’un bon coup de pied dans la porte fasse s’effondrer tout l’édifice pourri ».
Mais l’URSS ne s’est pas effondrée en 1941, pas plus que l’Iran en 2026.
Il est étonnant que près de 25 ans après que George W. Bush ait déclaré que certains pays formaient un « axe du mal« , l’Occident adhère toujours à cette vision manichéenne ou zoroastrienne du « bien » contre le « mal« .
Moon of Alabama
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.
songkrah.blogspot.com
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