√Le Golfe a organisé une réunion sur la sécurité de la région et Washington n’a pas été invitée ~ Songkrah
Par Larry C. Johnson – Le 28 Octobre 2026 – Son of the new American revolution
Lundi, alors que Donald Trump réfléchissait publiquement à l’opportunité de « conclure un accord » avec l’Iran ou de « l’achever », quelque chose s’est produit à Téhéran qui aurait dû déclencher les alarmes dans tous les bureaux du Département d’État, en supposant que quelqu’un soit encore là pour les entendre.
Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid bin Salman, frère du prince héritier, s’est envolé pour Téhéran. Il était accompagné du maréchal pakistanais Asim Munir et du chef des renseignements turcs, Ibrahim Kalin. Ils se sont assis avec le président iranien Masoud Pezeshkian, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le haut responsable de la sécurité Rezaei, qui a accueilli les pourparlers, pendant environ deux heures. À l’ordre du jour : les attaques houthies contre l’Arabie Saoudite, le détroit d’Hormuz, le blocus américain des ports iraniens et un cadre régional de non-agression.
Relisez cette liste. Ce sont les quatre plus gros problèmes de sécurité dans le golfe Persique. Les pays qui y vivent viennent de se rencontrer pour en discuter. Les États-Unis, qui ont deux groupes de frappe de porte-avions, un groupe amphibie prêt à en découdre et un blocus de la région , n’étaient pas dans la salle. Il semble qu’ils n’aient manqué à personne.
Le pacte censé protéger Riyad de l’Iran
Voici la partie délicieuse. Les trois visiteurs sont les signataires de l’Accord de la Mecque, le traité de défense mutuelle que l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont signé le 7 août. L’article 2 dit qu’une attaque contre un seul est une attaque contre tous. Il a été vendu, du moins dans l’imagination de Washington, comme un bouclier sunnite du Royaume contre l’Iran et ses amis au Yémen.
Onze semaines plus tard, tout le bouclier se présente à Téhéran pour parler coopération. L’ambassadeur d’Iran au Pakistan a déclaré que Téhéran « étudierait » l’accord et « s’il est bon, nous le soutiendrons ». Le traité comprend commodément une clause d’adhésion permettant à de nouveaux membres d’adhérer par consensus. Mes sources me disent que les trois envoyés ont officiellement invité l’Iran à se joindre à eux une fois la guerre américano-israélienne terminée, et que Téhéran a accepté sur cette base. Aucune lecture officielle ne le confirme encore. Mais les lectures officielles ont accepté de continuer à discuter « entre les quatre parties » et l’Iran a une phrase montrant ce qu’il veut : « une sécurité endogène ». Traduction : sécurité pour le Golfe, par le Golfe, sans la 5ème flotte étasunienne.
Imaginez les membres fondateurs de l’OTAN invitant l’Union soviétique à se joindre à eux, en 1952, et vous avez une idée de comment les choses vont mal pour la stratégie américaine.
Personne ne veut combattre les Houthis
Le premier test du pacte était censé être Ansar Allah, qui a passé le mois d’octobre à pilonner les aéroports saoudiens, la région de Riyad et le pipeline Est-Ouest. Les nouveaux alliés de Riyad ont répondu à l’appel avec une clarté remarquable. Le ministère pakistanais des Affaires étrangères a déclaré le 9 octobre que ses forces installées dans le Royaume ne pénétreraient pas au Yémen. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré la veille que la Turquie n’envoyait aucune troupe attaquer un autre pays. Ils défendront le sol saoudien. Ils n’iront pas chasser à Saada. L’ambassade américaine à Riyad, quant à elle, est en ordre de départ.
Alors, que doit faire un prince héritier lorsque ses alliés ne veulent pas se battre pas et que ses aéroports continuent d’être touchés ? Selon mes sources, le maréchal Munir a dit au prince Khalid que Riyad devait trouver un arrangement avec Ansar Allah, et le Prince Khalid serait arrivé à Téhéran avec un acompte de 1 milliard de dollars pour aider à en acheter un. Un rapport anonyme du journal israélien Israel Hayom dit la même chose, y compris que l’argent est arrivé par l’avion du prince. Riyad ne l’a pas confirmé et insiste officiellement sur la restitution des territoires saisis. Personnellement, je doute de cette histoire parce que c’est un montant dérisoire que les Houthis considéreront comme un geste dénué de sens. Mais considérez l’image si elle est vraie : les Saoudiens paieraient l’Iran pour que les Houthis arrêtent de leur tirer dessus. Washington a dépensé des milliards de dollars en ventes d’armes depuis une décennie pour que l’Arabie saoudite n’ait pas besoin de l’aide de Téhéran. Cela n’a pas bien fonctionné.
Araghchi avait proposé, le 11 octobre, de négocier des pourparlers saoudo-Houthis. Deux semaines plus tard, le ministre saoudien de la Défense est dans sa capitale. L’Iran a gagné plus de poids en un mois de diplomatie qu’en une année de « pression maximale » américaine.”
Le Pakistan, l’indispensable intermédiaire
L’architecte de la réunion de lundi était le Pakistan, qui l’avait demandé lors de la visite de Munir, le 20 octobre à Téhéran. Islamabad a réussi quelque chose de remarquable. Il a un traité de défense ratifié avec Riyad, un canal vers Téhéran que les deux capitales approuvent désormais publiquement, et un siège dans la médiation dont dépend Washington, tout en refusant poliment de combattre qui que ce soit. Il a même transmis les conditions de l’Iran à Trump : c’est-à-dire libérer une partie des avoirs gelés de l’Iran et lever le blocus. Trump aurait dit non. Téhéran nie publiquement avoir jamais offert Hormuz en échange de la fin du blocus, alors que son ambassadeur affirme qu’il l’a fait. C’est ainsi que vous savez que de sérieuses négociations ont commencé.
Le Pakistan était décrit à Washington comme un pays obligé de choisir entre Riyad et Téhéran. Au lieu de cela, il a construit une structure dans laquelle il n’a pas du tout à choisir. C’est ce qu’on appelle l’art de gouverner. Trump et Rubio devraient s’y intéresser.
Pendant ce temps, de retour à la salle de guerre
Alors que la région est occupée à construire une nouvelle architecture de sécurité, Washington est en train de dresser une liste de cibles. CNN rapporte que les forces américaines peuvent frapper l’Iran “dans les 96 heures” après que l’ordre soit donné, frappant des cibles énergétiques, militaires et nucléaires, très probablement après les midterms du 3 novembre. Un troisième groupe de porte-avion est en route. Les ambassades à Amman, Beyrouth, Doha et Abu Dhabi ont été allégées, ce qui vous indique à quoi les planificateurs s’attendent quant à la réponse de l’Iran.
En Israël, Netanyahu a ordonné à ses services de sécurité de renverser le régime de Téhéran, et il aurait fait pression pour une campagne aérienne majeure contre les forces de missiles iraniennes. Même ses propres généraux ne sont pas sûrs d’un tel plan. La douzième chaîne israélienne rapporte que le chef d’état-major de Tsahal, Eyal Zamir, a résisté à une instruction de la direction politique et a exigé une autorisation légale signée avant d’agir. Les Israéliens se sont rendus aux urnes aujourd’hui sans que ni le bloc de Netanyahu ni ses rivaux n’atteignent la majorité. Trump l’a de nouveau approuvé en disant : « terminons le travail que nous avons commencé ». Personne n’a expliqué de quel travail il s’agit, ni comment il doit se terminer.
Et puis il y a le blocus, qui a maintenant dépassé son 100e jour. CENTCOM se vante d’avoir bloqué 25 milliards de dollars d’exportations iraniennes hors du marché. Cela les a également tenus à l’écart du marché à un moment où le monde manque de pétrole et de diesel et où le Brent se situe au-dessus de 100 dollars. Félicitations.
Une architecture sans l’architecte
Depuis soixante-dix ans, la sécurité du golfe Persique est un produit américain. Les États-Unis fixent les règles, vendent les armes, garent les porte-avions et décident qui est l’ennemi. Le marché était simple : les monarchies du Golfe payaient et Washington les protégeait.
Cette année, la protection a échoué. Des aéroports, des pipelines et des raffineries saoudiens ont été touchés. Les trains de GNL du Qatar ont brûlé. Les EAU ont épuisé leurs réserves de carburant à Fujairah. Les États du Golfe ont découvert que la protection américaine signifiait un siège au premier rang d’une guerre visant quelqu’un d’autre. Ils font donc ce que tout client sensé fait lorsque l’entreprise de sécurité cesse de se présenter : ils parlent aux cambrioleurs, aux voisins et argumentent les uns entre les autres.
Rien de tout cela n’est terminé. La réunion de Téhéran n’a produit aucun texte de traité, et le Parlement turc doit encore ratifier le pacte. Riyad et Téhéran ont des siècles de méfiance entre eux, et un mauvais missile houthi pourrait tout faire exploser. Mais la direction est indubitable. L’Arabie saoudite, la Turquie, le Pakistan et l’Iran ont commencé à élaborer un ordre de sécurité régional dans lequel les États-Unis ne sont ni l’architecte, ni le propriétaire et n’est même pas sur la liste des invités.
Washington, bien sûr, a une réponse prête. Elle attendra après les midterms, puis elle bombardera l’Iran. Cela devrait ramener tout le monde à la manière étasunienne de traiter les affaires. J’en suis sûr.
Larry C. Johnson
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.
songkrah.blogspot.com
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