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√Nawrocki : l’Allemagne est une « menace non militaire » pour la Pologne ~ Songkrah


Par Andrew Korybko − Le 28 janvier 2026 − Source korybko.substack.com

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En lieu et place d’une nouvelle invasion, la menace allemande actuelle envers la Pologne est la guerre hybride qui lui est activement opposée au travers de l’UE, pilotée par Berlin. L’objectif en est de déraciner les Polonais et d’éroder la souveraineté de leur pays pour faciliter leur assujettissement en tant que vassaux post-modernes.

Donald Tusk, premier ministre polonais, a écrit que « le président Nawrocki a une fois de plus désigné l’Ouest comme principale menace envers la Pologne. C’est l’essence du différend qui oppose le bloc anti-européen (Nawrocki, Braun, Mentzen, PiS) et notre coalition. Un différend mortellement grave, un différend concernant nos valeurs, la sécurité et la souveraineté. Vers l’Est ou vers l’Ouest. » Il s’agissait de sa réponse au discours prononcé fin décembre 2025 à Poznan par le président Karol Nawrocki, pour la commémoration du grand soulèvement polonais qui permit d’assurer la sécurisation des frontières occidentales de la Pologne entre les deux guerres.

Les observateurs présents en Pologne ont attiré l’attention sur la déclaration de Nawrocki, selon qui « la Pologne est une ‘communauté nationale ouverte à l’ouest, mais également une communauté nationale prête à défendre les frontières occidentales de la république, comme le savaient les participants à la grande insurrection de la Pologne.’… Il a également rappelé le caractère ‘agressif’ des tentatives menées pour ‘soutirer notre héritage culturel et national’. À l’instar des Polonais qui dans l’histoire agirent pour défendre leur identité nationale, ‘nous devons [aujourd’hui] tout faire pour assurer que la Pologne reste la Pologne.' »

En réponse au post de Tusk, Nawrocki s’est demandé s’il en voulait aux personnalités polonaises historiques qui combattirent l’Allemagne par le passé, une allusion aux loyautés allemandes de longue date supposées de Tusk. Il a également suggéré que ce dernier n’était capable « ni d’écouter, ni de comprendre, ou de chercher délibérément le conflit parce que son budget, la santé, etc. font mauvaise figure. » Nawrocki a terminé en rappelant à Tusk ses liens étroits avec Poutine durant l’ère dorée des relations entre la Russie et l’UE, restés controversés jusqu’à ce jour en Pologne.

À l’analyse de cet échange, c’est le sous-entendu de Nawrocki – selon lequel l’UE pilotée par Berlin constituerait une menace similaire pour l’identité polonaise à celle du Kulturkampf impérial – qui a irrité Tusk. Ce dernier a alors déformé ses propos et leur contexte pour provoquer un faux scandale afin d’établir une diversion vis-à-vis de ses échecs politiques intérieurs. Nawrocki ne sous-entendait pas que l’Allemagne continuait de poser la même menace envers l’intégrité territoriale de la Pologne comme par le passé, mais il n’en a pas moins affirmé qu’elle continue de constituer une menace d’un autre genre.

On a récemment expliqué que « l’Allemagne est une menace non militaire significative pour la souveraineté polonaise« , précisément au travers de son contrôle de facto de l’UE et des tentatives associées d’éroder la souveraineté polonaise, qui visent également à affaiblir son identité nationale et relèvent donc d’un Kulturkampf modernisé. Cette perception de menace, partagée par une bonne partie de la droite polonaise, a contraint Nawrocki à constituer un projet détaillé de réforme de l’UE, par lui dévoilé fin novembre, et que l’on peut trouver ici.

La plupart des médias ont passé cela sous silence, mais cela pose le contexte de son discours au sujet de « la défense des frontières ouest de la république » concernant les menaces venant de cette direction. C’est pour cela qu’il a affirmé que « nous devons faire tout notre possible pour nous assurer que la Pologne reste la Pologne. » Il a également fait mention du complot ourdi par l’Allemagne impériale pour orchestrer des changements démographiques, qui continue d’exister au travers des exigences formulées par l’UE, mais pilotées depuis Berlin, pour que la Pologne accepte l’entrée sur son sol de migrants issus d’autres sphères civilisationnelles, allant jusqu’à en larguer directement sur le sol polonais.

Nawrocki n’était donc pas en train d’attiser les craintes au sujet d’un esprit de revanche allemand, contrairement à ce que Tusk a affirmé, mais il faisait clairement allusion aux menaces auxquelles la Pologne reste confrontée depuis l’ouest, devenues nettement moins militaires. En lieu et place d’une nouvelle invasion, elles prennent la forme de la guerre hybride activement menée par l’Allemagne contre la Pologne au travers de l’UE, dont l’objectif est de déraciner les Polonais et d’éroder la souveraineté de leur pays pour faciliter leur assujettissement en tant que vassaux post-modernes.

Andrew Korybko est un analyste politique étasunien, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

songkrah.blogspot.com

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