√Y a-t-il ou y aura-t-il des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran ? ~ Songkrah
Par Alastair Crooke – Le 26 mars 2026 – Source Conflicts Forum
La réponse courte est « non« . Trump fabule quand il dit qu’il est déjà en négociations avec « d’importants iraniens« .
Il y a une histoire récurrente dans le « narratif des négociations » étasunien ; lors des cycles précédents de « négociations » centrées sur le conflit ukrainien, Trump suggérait régulièrement que des négociations politiques avec la Russie étaient en cours, alors qu’en réalité, Witkoff et Kushner ne faisaient qu’engager une série de pourparlers sans fin avec les Européens sur l’établissement d’un cessez-le-feu et le rôle putatif de « maintien de la paix« , dirigé par les Européens, que les Européens réclamaient. En fait, aucun « plan de paix » n’a jamais été partagé, ni montré au ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.
Un « cessez-le-feu » prolongé a ensuite été considéré par la Maison Blanche comme la stratégie de contournement pour tenter de résoudre les problèmes d’architecture de sécurité enracinés entre la sphère des intérêts de sécurité de l’OTAN et de la Russie. La Russie a simplement dit « non » à la tentative de Trump de « renverser l’architecture de sécurité« .
Le même schéma de dissimulation était évident dans les pourparlers sur le cessez-le-feu à Gaza : des cessez-le-feu ont été proposés sans préciser aucun détail sur ce qui pourrait suivre dans la phase deux du cessez-le-feu.
Le week-end dernier, Witkoff et Kushner ont dressé leur liste de souhaits pour un autre cessez-le-feu, avec l’Iran cette fois, avec quelques « indices » lancés au sujet de discussion ultérieure. Même histoire. Même confabulation. Un plan de paix en quinze points, élaboré par Witkoff et Kushner, a été soumis aux médiateurs, l’affaire étant décrite par Trump comme “de très bonnes conversations productives concernant une résolution complète et totale des hostilités” car l’Iran “veut désespérément un accord”.
L’Iran, au grand dam de Trump, a dit « non » à cette proposition ; Ebrahim Zolfaghari, porte-parole de l’armée iranienne, a déclaré “Notre premier et notre dernier mot sont les mêmes depuis le premier jour, et cela restera ainsi”.
L’Iran n’a aucun intérêt à un compromis, à ce stade, car il n’a pas atteint son ambition stratégique (audacieuse) de renverser la domination militaire et financière américano-israélienne sur la région du Golfe et de la remodeler en une vaste sphère d’intérêt économique et militaire iranienne.
En tout état de cause, l’Iran détient la domination croissante dans ce conflit – grâce à des décennies de préparation et de planification. L’Iran a déjà démontré qu’il contrôlait les vingt pour cent du pétrole mondial exporté via le détroit d’Ormuz. Il dispose donc des outils (régulation du passage des navires par la voie navigable) pour gérer le volume de pétrole exporté, et, tout aussi important, sinon plus, a la capacité d’influencer les prix à l’échelle mondiale (alors qu’avant, seuls les États-Unis pouvaient le faire).
En plus d’avoir une composante majeure de l’économie mondiale sous sa coupe (le pétrole), l’Iran dispose également d’un effet de levier sur une grande partie des chaînes d’approvisionnement mondiales et de production de matières premières : hélium ; engrais ; la nourriture et l’acide sulfurique dépendent tous dans une certaine mesure d’Ormuz, et sa fermeture pendant plus de trois semaines crée des pénuries paralysantes qui ne disparaîtront probablement pas rapidement.
La manipulation du levier économique pétrolier, ainsi que l’insistance de l’Iran pour que les navires transitant par le Détroit paient à la fois des frais élevés et prouvent que leurs cargaisons ont été achetées en Yuans, frappent également au cœur de la vulnérabilité politique de Trump, c’est-à-dire l’économie américaine, à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis.
Un rapport régional met en garde :
L’Iran a un plan pour établir des points de contrôle permanents dans le détroit d’Ormuz afin de compenser ses pertes. Si les menaces de Trump se matérialisent, l’Iran bloquera le détroit d’Ormuz, fermera les routes de la mer Rouge et le front yéménite agira pour sceller Bab al-Mandeb. L’Iran est également prêt à s’emparer des ports bahreïnis si la situation l’exige.
Trump a dit un jour que perdre l’hégémonie du dollar serait pire pour l’Amérique que de perdre une guerre majeure. Pourtant, c’est précisément ce qui est en jeu dans ce « jeu de poule mouillée » que Trump a entamé avec l’Iran, mais dont il ne sait plus comment sortir, sans humiliation dommageable.
« Washington est sous le choc », écrit Anna Barsky, correspondante politique en chef de (en hébreu) Ma’ariv en écho à un article du Wall Street Journal décrivant la liste des contre-demandes que les représentants iraniens ont transmises, par l’intermédiaire de médiateurs à l’équipe Trump, comme étant les conditions préalables de l’Iran pour un règlement :
Les responsables de la Maison Blanche ont décrit les demandes comme étant « une liste de souhaits sans lien avec la réalité sur le terrain ».
Avec ces cartes économiques déjà entre les mains de l’Iran, et sa capacité soutenir l’escalade des bombardements israélo-américains avec ses propres frappes de missiles de représailles sur les infrastructures des États du Golfe, il semble improbable que Trump obtienne une sortie plausible de cette guerre ; notamment parce que « Israël a son mot à dire » dans cette affaire, et Israël est maintenant passé de l’espoir d’un « changement de régime » à l’insistance pour que les États-Unis s’emparent de l’île de Kharg.
Israël a reconnu que son objectif de changement de régime espéré en Iran avait échoué, écrivent les principaux commentateurs israéliens (Ronen Bergman et Anna Barsky). Ainsi, il recalibre ses objectifs — “Jérusalem [croit maintenant] que le chemin de la victoire [israélienne] passe par le contrôle de l’île de Kharg”, écrit Barsky :
Selon cette ligne de pensée, si la campagne [américano-israélienne] ne conduit pas au renversement du régime, un geste beaucoup plus tangible est nécessaire — un geste qui privera l’Iran à la fois de la capacité d’exporter du pétrole à une échelle normale et de sa capacité à menacer efficacement le trafic maritime.
Cette discussion mène à une autre conclusion : sans une présence physique à un point clé, il est très difficile d’empêcher l’Iran de revenir au même schéma … Pour changer la réalité, un contrôle réel doit être créé. Dans ce contexte, Kharg est présenté comme une cible dont la prise de contrôle pourrait simultanément priver l’Iran à la fois de revenus stratégiques et de marge d’action.
Mais, note Barsky, « On estime cependant que la vraie difficulté n’est pas du côté opérationnel mais à Washington » :
La question n’est pas de savoir si les États-Unis peuvent atteindre Kharg et prendre le contrôle de l’île. La question est de savoir si Trump est prêt à maintenir une force là-bas pendant longtemps, avec la possibilité de pertes parmi les forces américaines.
L’ancien officier de la CIA, Larry Johnson, écrit qu’une intervention américaine à Ormuz est probablement imminente et serait désastreuse (c’est-à-dire entraînerait de nombreuses victimes américaines) :
[à] moins que Donald Trump ne reconsidère l’affaire, nous verrons probablement les États-Unis tenter de s’emparer des îles Kharg et Qeshm. Si vous lisez mon article précédent, il semble que Trump utilisera à la fois la Delta Force et la Seal Team 6, ainsi que deux bataillons de Rangers et l’équipe de combat de la 1ère Brigade aéroportée de la 82e, pour s’emparer des îles.
La 31e Unité expéditionnaire militaire sera en place dans la mer d’Oman, vendredi. J’ai [maintenant] appris que Trump a annulé sa visite au CPAC ce week-end et qu’il n’assistera pas à une collecte de fonds à Mar-a-Lago vendredi soir….
« On dirait que [Trump] sera occupé à autre chose à partir de vendredi », spécule Larry Johnson :
Et puis alors ? Ces troupes seront des cibles fixes et courront un risque sérieux d’être coupées de tout ravitaillement. Si l’Iran libère un tsunami de mines, alors la seule option sera le réapprovisionnement aérien, ce qui signifie probablement que ces avions seront confrontés à des tirs dévastateurs venant des batteries côtières iraniennes et des systèmes de défense aérienne. Au lieu d’ouvrir le détroit d’Ormuz, l’action militaire américaine anticipée rendra pratiquement impossible pour tout navire d’entrer ou de sortir du golfe Persique. La fermeture complète du détroit d’Ormuz aggravera encore les dommages économiques causés à l’économie mondiale.
L’amiral iranien Ali Akbar Ahmadian a réagi à la menace de « bottes américaines sur le terrain » à Ormuz :
Depuis des années nous attendons [une invasion américaine]. Maintenant, nous n’avons qu’un message pour les soldats américains : Approchez.
Entre dans mon salon, dit l’araignée à la mouche.
Alastair Crooke
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.
songkrah.blogspot.com
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