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√Une histoire mondiale de l’esclavage – Deuxième partie ~ Songkrah


Par Michael Walker − Le 15 mai 2026 − Source amren.com

Un groupe de captifs, hommes, femmes et enfants, réduits en esclavage par des marchands d’esclaves arabes. Issu de « The Life and Explorations of David Livingstone » c1875. Chromolithographie (Crédit Image : © PHOTO12 via ZUMA Press)

Suite de la première partie.

Le chapitre consacré par le professeur Flaig à l’esclavage sous l’Islam porte le titre « Un système d’esclavage intercontinental, » et indique la perception d’une intégration d’esclavage intercontinental avec l’essence et l’histoire de l’Islam. Le professeur Flaig ne fait pas usage des termes esclavage païen ou esclavage chrétien, mais utilise le terme esclavage islamique. Il ouvre ce chapitre sur une affirmation forte : « Lorsque les Musulmans conquirent un empire mondial, ils établirent le plus grand et le plus durable système d’esclavage de l’histoire du monde. » (p. 83).

Le professeur Flaig avance deux points essentiels dans ce chapitre. D’abord, aussi bien en nombres de personnes réduites en esclavage au fil du temps, et de zone géographique sur laquelle prévalut l’esclavage islamique, ses dimensions furent plus importantes que toute autre société d’esclavage intrusif. Ensuite, de par leur nature, les sociétés islamiques, du moins celles vivant sous la loi de la Charia, sont intrinsèquement disposées à accueillir et à promouvoir l’esclavage, surtout celui de non-Musulmans, et c’est la raison pour laquelle la plus grande partie de l’histoire de l’Islam a constitué l’histoire d’une société d’esclavage intrusif en expansion rapide.

Une grande étendue de l’Afrique sub-saharienne fut transformée entre le huitième et le onzième siècle en « zone d’approvisionnement ». À partir du onzième siècle, les exportations d’esclaves au sein du monde islamique provenaient des États pillards (Raubstaaten) islamiques, dont la logique permanente était la guerre et la réduction en esclavage. Leur existence et leurs activités transformèrent l’ensemble du Soudan, car quiconque ne voulait pas en être la victime était contraint d’adopter le même système de prédation. La capture de prisonniers n’était pas une simple conséquence de la menée de la guerre, comme dans l’antiquité classique, mais sa raison d’être… (pp. 193-194).

Les conquêtes menèrent à la réduction en esclavage de nombres nettement plus importants que celles de la République romaine. Entre 711 et 720, lors de leur conquête de l’Espagne, les Musulmans réduisirent en esclavage 150 000 personnes… De Sind, conquise en 712, les vainqueurs exportèrent 60 000 esclaves. La seconde vague d’expansion frappa l’Afrique du Nord, et particulièrement l’Inde, où des hordes de cavaliers afghans réduisirent au travers de leurs attaques continues des centaines de milliers d’Indiens en esclavage. Les esclaves étaient transportés en franchissant une montagne dont le nom rappelle leur destin — Hindukusch — « la mort de l’Hindou »… Le Sultanat de Delhi maintint jusque 180 000 esclaves militaires, dont la plupart étaient des esclaves Est-Africains, que le commerce d’esclaves arabe importa depuis l’Afrique vers l’Inde. Les sultans menaient des djihads jusqu’au centre de l’Inde chaque année, et en 1340, ils détenaient pratiquement l’ensemble du sous-continent… La culture islamique, fondée sur l’importation d’esclaves, entretint le processus de mise en esclavage à la périphérie dans une mesure jamais connue jusqu’alors dans l’histoire du monde… Les conquêtes arabes créèrent, comme l’a clairement démontré Bernard Lewis, la première « culture mondiale », qui s’étendait de l’Asie centrale à l’Espagne, passant par la Péninsule arabique et l’Afrique du Nord. Selon Immanuel Wallerstein, apparut la première économie mondiale permettant le transporte de biens et d’êtres humains sur des distances considérables, et au cœur de celle-ci résidait le commerce d’esclaves. L’esclavage musulman était, selon Orlando Patterson, un esclavage intrusif par excellence et dépendait, en tant que tel, d’un afflux d’esclaves pratiqué dans une mesure inhabituelle. (p. 85).

Les nombres d’esclaves capturés au cours de l’histoire de l’Islam cités par le professeur Flaig sont remarquables :

Entre 1468 et 1694, Les Tartares de Crimée réduisirent en esclavage 1,75 millions d’Ukrainiens, de Polonais, de Russes et on ne peut chiffre les nombres de Circassiens et de Géorgiens dans le Caucase. Les prisonniers étaient vendus des ports de Crimée à destination de l’Empire ottoman, quelque 2,5 millions de personnes entre 1450 et 1700… Entre 1350 et 1550, les djihads menés contre les Balkans constituaient pratiquement des événements annuels, et à partir de 1450, les flottes turques dévastèrent les rives de la Méditerranée… Entre 1530 et 1780, mise en esclavage de quelque 1,2 millions d’Européens… Le joug de Mogul s’étendit jusqu’au Sud de l’Inde et fit déborder d’esclaves indiens les marchés d’Asie centrale… Le sultanat du Maroc traversa le Sahara et détruisit Songhaï, le plus vaste des territoires dirigés par des Africains, et créa des plantations d’esclaves, qui furent durant de nombreuses années plus vastes que les plantations européennes dans les Caraïbes. À partir de 1565, les djihads [des Maures musulmans basés dans le Sud des Philippines] conduisirent à la capture d’environ 10 000 esclaves par an rien qu’aux seules Philippines, cumulant 2 millions de personnes sur 200 ans ; les nombres d’esclaves capturés dans les îles indonésiennes furent encore plus considérables. (pp. 89-91).

Le professeur Flaig souligne que plus la recherche d’esclaves est couronnée de succès, plus grande devient la dépendance d’une société envers les esclaves capturés et importés, et plus grande devient la demande, surtout lorsque les mauvais traitements des captifs induisent des taux de mortalité élevés. Il existe également un aspect religieux : la tendance à l’expansion dans la recherche d’infidèles à réduire en esclavage.

Si son livre était plus épais, le professeur Flaig aurait sans doute analysé en détail la dépendance des économies musulmanes envers les esclaves. Les esclaves constituaient des biens précieux, et les tribus islamiques en avaient de nombreux à vendre. La plus grande zone d’approvisionnement de l’esclavage islamique fut la partie de l’Afrique située au Sud du Sahara. L’estimation de Ralph Austen de 3,9 millions d’esclaves exportés depuis l’Est de l’Afrique par les Arabes est, selon le professeur Flaig, « absolument trop basse. » (p. 103). À lui seul, au XVIème siècle, le Sultanat d’Oman, une fois devenu une puissance navale, importait jusque 20 000 esclaves africains noirs par an.

Bas-relief en bois et sculpture ajourée présentant une procession d’esclaves africains avec des marchands d’esclaves arabes, par M Ulika Valentim, 1975 (Crédit Image: © Manuel Cohen/Aurimages via ZUMA Press).

Le professeur Flaig pense que les sociétés musulmanes étaient naturellement disposées à devenir des sociétés d’esclavagisme intrusif ; en Islam, la conquête et la réduction en esclavage de l’infidèle est désirable, et constitue de fait un devoir. L’expansion religieuse et la capture d’esclaves devinrent tout à fait indissociables. Le professeur Flaig avance avec vigueur une thèse inhabituelle : l’esclavage est intrinsèquement raciste et par conséquent, la société islamique, durant la plus grande partie de son histoire, fut raciste. Le professeur Flaig abhorre le racisme, mais comment celui-ci peut-il se trouver au cœur de l’esclavage à la fois extrusif et intrusif?

Pour le professeur Flaig, le racisme n’est pas en premier chef une question de biologie. Le terme qu’il emploie pour le racisme ethnique — « racisme selon la couleur de peau » — ne constitue qu’une forme de racisme. Par essence, selon le professeur Flaig, le racisme est la croyance selon laquelle certains groupes identifiables sont naturellement inférieurs à d’autres groupes, et selon laquelle ce fait justifie un statut d’infériorité permanente, sans que les qualités individuelles puissent élever des membres du groupe inférieur au-delà de leur statut naturel d’infériorité.

« Le racisme n’a rien à voir avec la couleur de peau. Il découle d’une tendance, présente dans toutes les cultures, à accorder moins de valeur ‘aux autres’, dont l’infériorité est recherchée dans leur ‘être’, dans leur ‘nature’. » (p. 124). En soi, l’esclavage crée des différences tellement importantes qu’il est impossible de les surpasser. Lorsque cela se produit, les autres sont considérés comme inférieurs au point d’appartenir en pratique à une catégorie différente.

En soutien de son argument paradoxal selon lequel le racisme ne découle pas en premier chef de la race, le professeur Flaig fait référence à la citation pratiquée par Patterson du Roi Chungnyol de Corée, aux environ de l’an 1300, s’opposant aux réformes prévues du système d’esclavage pratiqué sous l’empereur chinois Kno-li Chi-su. Le système d’esclavage coréen était extrusif, et ses esclaves étaient tous Coréens, mais ils n’étaient pas considérés comme tels : « Nos ancêtres nous ont enseigné que ces êtres esclaves appartiennent à une autre race, et pour cette raison, il est impossible pour eux de devenir des humains normaux. » Le professeur Flaig en conclut que cela démontre que la race n’est qu’un prétexte justifiant les systèmes d’inégalité, dont l’esclavage :

Les dirigeants [coréens] considéraient les esclaves comme des membres d’une race différente, incapables de devenir des membres à part entière de la société humaine. C’est précisément la définition du racisme, au sens le plus strict du terme, indépendamment de la couleur de peau. (p. 124).

La définition du professeur Flaig de race et de racisme est extrêmement vaste. Il n’affirme certes pas que le déni des droits humains fondamentaux constitue du racisme, mais il est difficile de voir quelle autre conclusion tirer de sa définition. Si l’on suit cette définition, on pourrait affirmer qu’une société refusant le droit de vote aux femmes pratique une forme de « racisme »!

Le professeur Flaig est en harmonie avec l’opinion dominante, selon laquelle le racisme est une affaire de sociologie et d’histoire, et non de biologie.

Il intègre un tableau montrant que le nombre total de déportations islamiques rien que depuis l’Afrique s’élève à 17 millions (il y eut 11,5 millions de déportations transatlantiques, avec une moyenne annuelle beaucoup plus élevée sur une brève période). Certains auteurs, comme Patricia Risso, estiment le nombre de personnes réduites en esclavage rien que pour des fins militaires à 20 millions. Contrairement aux esclaves de la traite transatlantique, les personnes qui n’étaient pas choisies pour devenir esclaves furent tuées en grands nombres. Le professeur Flaig estime le ratio tués/réduits en esclavage en Afrique à 1 pour 1. Si tel est le cas, ce furent pas moins de 34 millions de personnes qui furent tuées ou réduites en esclavage par les Musulmans en Afrique noire, un nombre stupéfiant.

Le professeur Flaig souligne la cruauté et l’étendue de l’esclavage islamique en Afrique. Contrairement aux Européens, les chasseurs d’esclaves islamiques livraient également des eunuques à leurs clients, car les eunuques étaient très demandés dans la société islamique. On pouvait leur faire confiance pour garder les harems, surtout si on leur tranchait également le pénis, et comme ils devenaient stériles, les eunuques ne pouvaient pas établir de dynasties subversives. Les castrations étaient réalisées avant l’embarquement, dans des centres de castration. Le taux de mortalité a été évalué par les historiens à pas moins de 75 %. Les viols étaient courants et répandus. Ceux qui n’étaient pas voulus — comme les bébés interraciaux — étaient massacrés.

Une autre différence réside en ce qu’au sein des sociétés islamiques, de nombreux esclaves africains étaient capturés par les djihadistes (le professeur Flaig n’indique pas en quel pourcentage), alors que les Européens acquéraient la vaste majorité de leurs esclaves en échangeant des biens occidentaux avec des tribus comme les Ashanti, les Soninke, et les Diula. Le professeur Flaig réfute avec vigueur que les vendeurs d’esclaves africains faisaient de mauvaises affaires, et consentaient à livrer des esclaves en échange de verroteries. Les distributeurs demandaient des prix élevés pour leurs esclaves, échangés contre des biens de qualité, des objets de luxe et des fusils. Les esclaves africains étaient onéreux.

Quels que fussent les nombres exacts, il est clair qu’au cours de son histoire, l’Islam a réduit en esclavage un nombre de personnes plus élevé et sur une zone plus étendue que tout autre système, toute autre religion ou toute autre société, et ce sur une très longue période (certains pays islamiques n’interdirent la pratique de l’esclavage qu’au sortir de la seconde guerre mondiale). En contraste avec les systèmes d’esclavage européens, l’Islam opérait sur la base économique d’une périphérie livrant des esclaves à un centre densément peuplé. La périphérie se faisait par la suite absorber par l’Islam, après quoi les limites de la quête s’étendaient plus loin.

Le rôle de l’islam dans l’histoire mondiale de l’esclavage est sous-estimé dans les universités et dans les récits historiques, non seulement par les commentateurs musulmans, mais également en Occident. On peut féliciter le professeur Flaig pour attirer l’attention sur ce biais, et pour son insistance à contre courant sur le rôle de premier plan joué par l’Islam dans l’histoire de l’esclavage mondial.

C’est dans ses passages sur l’esclavage en Europe, surtout en Europe du Nord, que l’adhésion du professeur Flaig à la validité universelle de la liberté humaine est la plus apparente. À ce stade, la distinction se brouille entre servage, travail sous contrat et esclavage.

La traite d’esclaves européenne crut à partir du XVème siècle. La découverte par les Croisés de la culture du sucre auprès des Arabes constitua, selon le professeur Flaig, un stimulus à l’esclavage transatlantique. Les Portugais établirent des plantations sucrières sur les îles qu’ils colonisaient en Atlantique, comme Madère ou les Açores, et la découverte d’or amena à l’ouverture de sites miniers sur la côte d’Afrique de l’Ouest. Les mines d’or, tout comme l’industrie sucrière, définissaient le cadre de tâches intenses et éreintantes. La relation est évidente entre demande d’esclaves et industries intenses.

Quoi qu’il en soit, la vaste majorité des esclaves acquis par les Européens en Afrique était destinée au Nouveau Monde. Les tribus africaines qui proposaient des esclaves à vendre trouvaient plus pratique de vendre directement leurs esclaves aux Européens que de les transporter vers le Nord pour les vendre aux Arabes.

Le professeur Flaig écrit qu’au XVIème siècle, un roi africain du Congo se convertit au Christianisme et adopta des mesures vigoureuses pour empêcher la réduction de ses sujets en esclavage. Il bloqua la traversée des caravanes d’esclaves sur son territoire, contraignant les Portugais de déplacer leurs transactions plus au Sud, ce qui finit par amener à l’établissement de la colonie portugaise en Angola.

Le professeur ajoute qu’au sein des sociétés européennes, « de nombreuses voix » se firent entendre en opposition à l’esclavage. Le premier exemple qu’il cite est la déclaration du synode de Chalons en 650, selon lequel les Chrétiens devaient être « totalement libérés des chaînes de l’esclavage. » Il ne s’agissait pas d’une interdiction de l’esclavage dans son ensemble, seulement celle de la détention d’esclaves chrétiens par des Chrétiens. En 922, le synode de Coblence déclara que vendre un Chrétien comme esclave était équivalent à un meurtre. Le professeur Flaig cite l’évêque de Vercelli, qui contesta l’ancienne justification de l’esclavage attribuée à la malédiction prononcée par Noé dans le livre de la Genèse : « les esclaves ne sont pas détenus suite à la malédiction prononcée contre Ham, qui fut expiée par les Canaanites, mais suite à l’injustice du monde. » (p. 157).

Le professeur Flaig écrit que les Normands abolirent l’esclavage en Angleterre. Au moment de la conquête de l’Angleterre, 10% de la population était en état d’esclavage, mais en 1120, l’esclavage avait totalement été remplacé par le servage. Ce point soulève de nouveau la question de la définition de l’esclavage. Une thèse avance que les serfs étaient semblables aux hilotes, présentant les caractéristiques d’esclaves extrusifs mais que l’on ne pouvait individuellement acheter ou vendre, et préservant ce sentiment d’une identité les rendant propres à la rébellion. Concernant les révoltes paysannes en Europe, le professeur Flaig écrit :

Au fil de ces révoltes, qui éclatèrent de manière répétée en Europe contre le servage, le concept émergea qu’un être humain possède des droits inaliénables, c’est-à-dire, des droits humains… L’une des exigences de la révolte paysanne allemande de 1525 fut l’abolition du servage, selon le raisonnement que le Christ avait donné sa vie pour tous, une revendication dénoncée par Luther comme purement matérialiste et comme une menace envers l’inégalité naturelle entre les hommes. (p. 159).

Le professeur Flaig indique que l’histoire apporte des exemples de déclin de l’esclavage qui correspondent à une montée du travail forcé et également l’inverse : le servage remplaça l’esclavage en Angleterre, mais en Italie médiévale, l’esclavage augmenta suite à l’abolition du servage. Le professeur Flaig écrit que Venise constitua le principal centre de l’esclavage européen durant de nombreuses années, bien que cette pratique restât marginale jusqu’aux Croisades.

Le professeur prend l’île de la Barbade pour exemple typique du développement de l’esclavage dans le Nouveau Monde. On ne sait pas pourquoi il a choisi la Barbade plutôt que le Brésil. Selon son propre récit, au cours de 3 siècles, les échanges portugo-brésiliens importèrent presque quatre millions d’esclaves depuis l’Afrique, ce qui constitue 41 % environ de la traite transatlantique.

Il se peut que le professeur Flaig ait choisi la Barbade du fait que cette île connaissait également une servitude blanche sous contrat. Les travailleurs locaux s’étant avérés inefficaces, les planteurs commencèrent à importer une main d’œuvre asservie sous contrat depuis les Îles britanniques. Il s’agissait de criminels, de débiteurs ou de prisonniers politiques. Entre 1648 et 1655, 12 000 Irlandais furent exportés à la Barbade, où ils n’avaient aucune perspective de libération. Le professeur Flaig indique que « le cas de la Barbade illustre la facilité avec laquelle un système utilisant des esclaves blancs aurait pu se développer. » (p. 167).

Mais le statut de la servitude de Blancs sous contrat présentait de gros inconvénients du point de vue des planteurs. Le taux de mortalité des travailleurs blancs, de 20 %, était plus important que celui des esclaves noirs. Les Blancs entretenaient également un esprit de rébellion et étaient difficiles à gérer. Les planteurs optèrent alors pour des esclaves noirs du fait de leur meilleure docilité et de leur meilleure résistance aux maladies tropicales.

Les esclaves coûtaient cher, et les forts taux de mortalité durant leur transport pouvait quasiment réduire les bénéfices à zéro. Le professeur Flaig calcule que chaque esclave perdu représentait une réduction de 0,67% des bénéfices. Quoi qu’il en soit, durant les premières années de la traite, 15 % d’entre eux environ mouraient durant leur transport. Flaig affirme que ce nombre était proche du seuil de rentabilité, et n’aurait pas pu perdurer sur le long terme. Les négriers parvinrent à réduire les taux de mortalité, qui étaient en 1800 descendus à 8 % environ.

Le professeur examine également le taux de mortalité transatlantique des non-esclaves à l’époque, un sujet souvent méconnu. En 1800, le taux de mortalité approximatif pour les soldats ou les condamnés traversant l’Atlantique était de 15 %, et donc plus élevé que celui des esclaves. Les maladies, principalement tropicales, frappaient lourdement les équipages : 15 % environ de l’équipage des navires négriers français et 25 % des navires négriers britanniques étaient voués à disparaître (le professeur Flaig n’explique pas cette différence). Les périodes d’ancrage en attente de l’arrivée sur la côte des esclaves étaient particulièrement dangereuses pour les équipages ; en 1770, plusieurs navires négriers britanniques perdirent 45 % de leur équipage par maladie avant la traversée de l’Atlantique.

L’Europe du Sud resta en tête de la traite européenne à une période où des « zones sans esclaves » se développaient en Europe centrale, occidentale, et du Nord. Le professeur Flaig n’apporte aucune autre explication à cette dichotomie géographique que son indication selon laquelle les sectes protestantes se montraient extrêmement actives pour la cause abolitionniste. À l’opposé, le pourcentage d’esclaves affranchis était beaucoup plus élevé en Amérique du Sud et en Amérique centrale qu’en Amérique du Nord. En 1800, 49 % de la population du Vénézuéla était constituée d’esclaves affranchis.

Le professeur Flaig décrit une différence majeure d’opinions entre les dirigeants et législateurs des nations européennes et les colons transatlantiques. Ainsi, au fil du temps, l’esclavage fut interdit localement en France et en Grande-Bretagne, tout en restant pratiqué légalement et considéré comme parfaitement normal dans leurs territoires du Nouveau Monde. Le professeur Flaig souligne que l’accroissement de l’autorité centrale produisit des restrictions de l’esclavage, et en fin de compte son abolition. On ne sait pas dans quelle mesure la centralisation de l’autorité fut portée par la tendance vers l’abolition de l’esclavage ni dans quelle mesure l’abolition constitua un effet plus ou moins induit par la centralisation.

Le professeur indique la croissance naturelle exceptionnelle des populations esclaves d’Amérique du Nord en comparaison de celles d’Amérique du Sud et des Caraïbes. Seuls quelque 360 000 esclaves furent importés en Amérique du Nord britannique entre 1600 et 1825, mais on comptait déjà en 1800 un million d’esclaves en Amérique du Nord, un nombre qui monta jusque presque quatre millions en 1860. Le professeur Flaig explique qu’un climat plus doux et de meilleurs traitements explique cette croissance démographique, et indique également que le tabac, le coton, le café et le riz exigeaient un travail moins intensif et dangereux que les récoltes de sucre, pour lesquelles des machines lourdes et dangereuses transformant le sucre en mélasse devaient tourner sur place jour et nuit. Il y avait un autre avantage : « le régime alimentaire était bien meilleur que celui des esclaves des îles des Caraïbes, et bien plus nutritif que celui des classes inférieures vivant dans les villes européennes. » (p. 185).

Des esclaves coupant des plants de canne à sucre dans la colonie britannique d’Antigua, 1823.

Le professeur Flaig avance que la discrimination sur la base de la couleur de peau était beaucoup plus marquée en Amérique du Nord qu’en Amérique du Sud, du fait que les esclaves étaient affranchis en nombre plus réduits aux États-Unis qu’en Amérique du Sud. En 1860, on comptait au Nord 260 000 esclaves affranchis pour 3,9 millions d’esclaves, un pourcentage très faible en comparaison avec les standards sud-américains. L’immigration européenne continue aux États-Unis contrariait les chances des esclaves affranchis de gravir les échelons sociaux. Le professeur pense que « le racisme selon la couleur de peau » devint ainsi un véhicule social pour s’accrocher à ses privilèges. La classe élitiste :

désirait s’assurer que sa position sociale n’était pas remise en cause face à une population croissante de citoyens libres [anciens esclaves]. Il fallait discriminer les nouveaux citoyens, et trouver un outil pour ce faire… La discrimination alla plus loin aux États-Unis, surtout à partir de 1830, lorsque le suffrage fut étendu à tous les citoyens blancs. Dans sept États, les esclaves affranchis avaient obligation de quitter le territoire, et en de nombreux lieux, le mariage interracial était interdit… (p. 189).

Les Blancs des classes les plus élevées comptaient protéger leur position par rapport aux autres — y compris les Noirs libérés — et le racisme était une méthode pour y parvenir. Dans son passage sur la transformation d’une société esclavagiste à une société de ségrégation raciale au Sud, le professeur Flaig avance que le « racisme selon la couleur de peau » provient des rares systèmes d’esclavage où les esclaves entretenaient une « culture d’esclave », ce qui signifie à ses yeux qu’ils développaient un sentiment de communauté, de religion, de solidarité et d’identité collective. Ainsi, pour le professeur Flaig, le « racisme selon la couleur de peau » lui-même résulte de l’esclavage. À l’en croire, « la contrepartie de l’esclavage est la ségrégation raciale. » (p. 189).

On ne sait pas exactement si le professeur Flaig pense que le « racisme selon la couleur de peau » ne peut découler que du seul esclavage, mais il semble probable que tel soit le cas, car il cite la thèse développée par Eric Williams dans Capitalism and Slavery (1944), selon laquelle « le racisme n’est pas l’origine de l’esclavage, mais sa conséquence, » ajoutant que « ce phénomène a perduré et n’est plus controversé. » (p. 192).

L’argument développé par le professeur Flaig sur les origines du « racisme selon la couleur de peau » fait fi du racisme des sociétés hôtes vis-à-vis des immigrés d’une autre race, et d’autres situations où l’esclavage ne joua aucun rôle dans le façonnement de la discrimination raciale. L’ouvrage dans son ensemble a largement tendance à éluder ou écarter sommairement les possibles contre-arguments.

Le professeur écrit avec détail le soulèvement d’esclaves de Saint-Domingue [devenue Haïti après l’indépendance], au cours duquel les esclaves noirs renversèrent leurs maîtres blancs dans ce qu’il appelle « le deuxième plus grand soulèvement d’esclaves [sans doute est-ce la révolte de Spartacus qui fut le premier] de l’histoire. » (Le professeur oublie de toute évidence la révolte d’esclaves du Mamelouk de 1250, qui fut couronnée de succès). Il utilise Saint-Domingue pour illustrer deux propositions.

Tout d’abord, le professeur Flaig insiste sur ce qu’il appelle une « dichotomie » dans l’histoire de l’esclavage transatlantique entre « la périphérie », ou les colonies, et « le centre », ou les pays d’origine des colons. Selon lui, l’abolitionnisme provint du cœur, en opposition à la périphérie. Pour illustrer son argument, il écrit que les colons de Saint-Domingue avaient refusé d’honorer le décret pris par la République française en 1790, proclamant la citoyenneté française des colons de la deuxième génération sur les îles. Le professeur Flaig distingue ici une différence majeure avec le système d’esclavage musulman, où il ne constate aucune divergence d’attitude vis-à-vis de l’esclavage entre le cœur musulman et la périphérie musulmane.

Cet argument présente des conséquences évidentes sur l’histoire générale de la colonisation européenne. Dans quelle mesure les actions des colons européens contre les populations natives furent-elles entreprises en accord ou en opposition avec le désir de leurs dirigeants et soutiens au pays?

Dans le même temps, le professeur Flaig affirme qu’en Afrique, la poussée à la prise de colonies fut fortement nourrie par le désir de mettre fin à l’esclavage, et cette thèse appelle à un réexamen de l’histoire de la « bousculade vers l’Afrique ». On considère en général surtout le Congrès de Berlin de 1884 comme une solution diplomatique aux différends en Afrique entre nations colonisatrices. L’entrée Wikipédia traitant du Congrès ne fait qu’une brève allusion à la résolution de fin de l’esclavage, et lui impute des motivations opportunistes : « En partie pour s’attirer l’acceptation du public [pour la colonisation], la conférence résolut de mettre fin à l’esclavage mené par les puissances africaines et islamiques. » Mais pour le professeur Flaig, le décret constitua une occasion considérable de « suivre une trajectoire de pure humanité et de pure bonne volonté. » (p. 212).

La seconde proposition avancée par le professeur Flaig est qu’en conséquence de l’abolition, une société esclavagiste peut très bien être remplacée par le travail forcé. Après des révoltes et répressions successives, et avec l’aide d’alliés espagnols, le soulèvement d’esclaves de Saint-Domingue fut une réussite. Cependant, le professeur Flaig reproduit un long extrait du décret adopté par le nouveau dirigeant noir, Toussaint L’Ouverture, lui-même ancien propriétaire d’esclaves, par laquelle il annonce l’imposition du travail forcé. Loin d’améliorer le sort des anciens esclaves, il se peut qu’il l’ait dégradé.

Toussaint L’Ouverture, portrait de 1813.

La Rome antique et le Congo constituent deux autre exemples illustrant que l’abolition de l’esclavage n’apporte absolument pas automatiquement la liberté. Dans la Rome antique, le travail forcé remplaça l’esclavage. Dans l’État libre du Congo, Léopold, roi des Belges, « libéra » des milliers d’esclaves, mais aux yeux du professeur Flaig, il s’agit d’un exemple de la possibilité d’avènement de choses terribles à l’issue d’une abolition décrétée par le pouvoir central d’une puissance coloniale. « Les crimes [au Congo] ne furent rendus possibles que parce que le Congo constituait la propriété privée du roi, et pas une colonie. » (p. 216). Le professeur Flaig cite l’affirmation de Seymour Dresher : « La bascule entre la chasse aux esclaves et le recrutement de travailleurs fut une distinction de pure forme. » (p. 216).

Le chapitre intitulé « La lutte pour l’abolition de l’esclavage » s’ouvre sans ménagement : « Le monde peut remercier la culture européenne pour l’abolition de l’esclavage. » (p. 199). Il est indiscutable que la France et la Grande-Bretagne, suivies plus tard par les autres nations européennes, furent pionnières et assurèrent une abolition totale de l’esclavage dans leurs possessions. La question de savoir dans quelle mesure cela résulta du triomphe de la culture européenne est complexe, et le professeur Flaig la traite d’une manière sommaire, superficielle et tout à fait polémique. Sur l’Islam, il écrit que ce ne fut qu’à la fin du XIXème siècle que

quelques intellectuels islamiques levèrent une voix critique contre l’esclavage, mais ne parvinrent pas à avancer des raisons religieuses contre l’esclavage, et échouèrent par conséquent à initier le mouvement abolitionniste islamique. L’Islam ne présentait aucune tradition à laquelle ils auraient pu recourir… L’Islam de la Charia dépend trop de l’esclavage comme objet du djihad. Les affirmations décisives avancées par les juristes de l’Islam moderne ont déclaré que l’esclavage n’est pas inhumain par principe, uniquement qu’il n’est plus réalisable en la période actuelle. » (p. 199).

Le professeur Flaig n’indique pas le nom des juristes dont il affirme qu’ils ont déclaré que l’esclavage n’était pas inhumain, mais ces affirmations renforcent son argumentation voulant que pour l’Islam, l’esclavage est une institution dont le temps pourra se présenter à nouveau.

Qui étaient les abolitionnistes européens? « Les principaux combattants ne se trouvèrent pas parmi les philosophes des Lumières, mais au sein du royaume spirituel des minorités protestantes. » (pp. 199-200). Le professeur Flaig exprime également dans une certaine mesure les mérites du républicanisme français.

Un trait notable de l’esclavage en Amérique du Nord, indique le professeur Claig, est le désir de convertir les esclaves au Christianisme. Cela rendit évidemment les esclaves, sur un trait très important, humains aux yeux de leurs maîtres, une considération qui n’aurait pu reposer que maladroitement sur le statut d’humain incomplet de l’esclave. Cela constitua sans doute un point de départ majeur aux XVIIIème et XIXème siècles pour les doutes concernant la légitimité morale de l’esclavage. Le professeur Flaig, n’apportant que de vagues affirmations historiques sur l’opposition de l’humanisme et du protestantisme, écrit que les États du Nord des États-Unis n’étaient guère enthousiastes au sujet de l’esclavage dès les premiers jours d’existence de la nouvelle nation, et qu’en une brève période, l’esclavage y disparut quasiment.

Le professeur Flaig désigne la Grande-Bretagne et la France comme fers de lance, durant un siècle, des campagnes visant à abolir l’esclavage, et propose de nombreuses preuves en ce sens. Il cite les noms des dénominations et sectes protestantes opposées à l’esclavage, comme les Quakers, qui furent à la tête des campagnes d’abolition, mais il n’explique pas pourquoi la Grande-Bretagne protestante et la France post-révolutionnaire menèrent la charge, cependant que les nations catholiques d’Europe étaient à la traîne.

Le professeur Claig ne se préoccupe clairement pas des questions théologiques, mais il aurait été intéressant d’en apprendre davantage quant au rôle joué par la foi religieuse dans les attitudes générales vis-à-vis de l’esclavage au cours de l’histoire. Les inégalités fondamentale et intangibles perduraient-elles après la mort? De nombreux éléments existent indiquant que les doutes à cet égard jouèrent un rôle dans le scepticisme chrétien vis-à-vis de l’esclavage. Pourquoi ce point ne semble-t-il pas avoir perturbé les Musulmans? Après avoir lui-même affirmé que « l’abolitionnisme ne s’est développé qu’en Occident » (p. 199) et pas simplement en Occident, mais spécifiquement au sein « du royaume spirituel des minorités protestantes » (p. 200), et après s’être posé la question « pourquoi en fut-il ainsi? » le professeur Flaig n’apporte aucune réponse. Il souligne bien que les Empires britannique et français mirent fin à l’esclavage non pas pour de seules raisons économiques (du moins, pas principalement), mais parce qu’ils croyaient avoir moralement tort. Les Britanniques criminalisèrent également la pratique du sati en 1829 pour des raisons morales.

En 1833, le parlement britannique résolut de mettre fin à l’esclavage dans tout l’empire ; en 1841, il fut mis au même rang que la piraterie, et des projets furent établis pour contrôler les mers et imposer des blocus « au service de l’humanité, » selon les mots du professeur Flaig. En France, après la révolution de 1848, l’esclavage fut déclaré illégal dans toutes les possessions françaises, avec effet immédiat. Quinze pourcents de la marine britannique fut utilisé, à des coûts colossaux, pour assurer la réussite d’un blocus de la côte d’Afrique de l’Ouest afin de mettre fin à l’esclavage. Mais l’esclavage perdura dans les États d’Amérique du Sud et en terre d’Islam.

Une pinasse à vapeur du HMS ‘London’ à la poursuite d’un boutre arabe transportant des esclaves. (1881) (Crédit Image: © Mary Evans via ZUMA Press).

Dans le même temps, « il se fit jour encore plus nettement, » écrit le professeur Flaig, « qu’une intervention en Afrique allait s’avérer nécessaire pour mettre fin à l’esclavage. » (p. 208). La thèse du professeur est donc que la colonisation britannique de l’Afrique fut motivée par la campagne d’abolition de l’esclavage. Cela joua sans doute un rôle, mais le professeur Flaig peut gonfler son importance. Il nous rappelle le fait indiscutable, mais souvent ignoré, que les porte-paroles des élites indigènes qui furent à la tête de soulèvements « populaires » en vue de l’indépendance — par exemple les Mahdi au Soudan — agirent au moins pour partie afin de défendre les intérêts des propriétaires d’esclaves craignant que les Européens ne puissent détruire leur statut et leurs affaires. Le professeur Flaig ne mentionne pas la possibilité que les dirigeants anti-coloniaux comme les Mahdi pussent avoir eu besoin du soutien des propriétaires d’esclaves pour créer une coalition anti-européenne efficace, et que le maintien de l’esclavage ne constitua pas forcément la raison principale de la résistance.

L’affirmation du professeur Flaig selon laquelle l’altruisme constitua la principale raison des actions coloniales en vue de mettre fin à l’esclavage en Afrique, et même pour les politiques coloniales britanniques et françaises, apparaît comme naïve. Il ne discute pas le rôle que purent jouer les ambitions économiques et géopolitiques ou la volonté de ne pas tolérer la compétition des dirigeants indigènes, propriétaires ou non d’esclaves. Les efforts menés par Cecil Rhodes, par exemple, pour s’assurer que les possessions britanniques s’étendissent sans rupture de l’Égypte à l’Afrique du Sud, et que la race anglo-saxonne pût régner sur toute l’Afrique, ne s’expliquent pas par un seul désir de mettre fin à l’esclavage.

Mais le professeur Flaig se montre catégorique :

Les motivations humanitaires… constituèrent également le facteur décisif des décisions prises par les gouvernements britannique et français d’intervenir militairement sur le continent africain. Les motivations provenaient de convictions morales et politiques, formulées dans un discours humanitaire. S’agissait-il d’une idéologie manipulée pour dissimuler d’autres motivations? Même si tel fut le cas, elle positionne l’action politique sous la pression de l’apport d’une justification morale. Pourquoi donc tant d’historiens refusent-ils de le reconnaître? Les raisons en sont multiples. L’histoire sociale marxoïde [sic] réduit tout changement social au résultat d’intérêts personnels et réfute le rôle de toute autre motivation qu’économique…

Les soi-disant historiens « anti-coloniaux » dénoncent l’intervention pour des raisons morales, allant jusqu’à rallier les mouvements de résistance détenant des esclaves. Une étude de la révolte arabe [détentrice d’esclaves] de 1888 contre l’occupation allemande [abolitionniste] du Zanzibar apporte un exemple désolant de ce type d’historiographie. » (p. 217).

Le professeur Flaig estime que la guerre civile étasunienne ne porta que sur une seule question : celle de savoir si l’esclavage allait triompher (p. 209). Il affirme que les États esclavagistes (il écrit que le Sud déclara la guerre au Nord) durent être vaincus par la force armée afin d’éviter le développement d’un empire esclavagiste de la Virginie au Brésil. Il est profondément convaincu que les sociétés d’esclavage, loin d’être en déclin, avaient reçu une poussée économique du fait de la demande européenne croissante de coton et de tabac.

Le professeur Flaig conclut son ouvrage sur un avertissement dressé avec une ferveur polémique :

Le destin des droits humains bascule avec l’esclavage. Les nombreuses formes, nouvelles ou anciennes, de non-liberté personnelle qui se répandent telles des épidémies dans le monde globalisé ne peuvent être combattues que lorsque l’esclavage est considéré comme criminel. Ce n’est qu’en les supprimant, comme l’esclavage fut supprimé avec humanité sur la planète entière, qu’une coopération politique fondamentale, sur la base de la liberté, sera rendue possible. En cas d’échec, la plus grande victoire de l’histoire de l’humanité n’aura constitué qu’une vague refluante, et notre culture occidentale sera une île dans le temps et au milieu d’un océan de non-liberté. (p. 221).

L’ouvrage produit par le professeur Flaig est peu commun, parfois universitaire, parfois polémique, et combine parfois maladroitement ces deux facettes. On peut cependant le féliciter pour sa mise en lumière de l’implication profonde de l’Islam dans l’esclavage, et de ses responsabilités pour celui-ci. Son affirmation selon laquelle l’Islam est par nature une religion de conquête et de conversion contrainte, enclin par nature à créer des sociétés d’esclavage, constitue un défi pour les apologistes et les propagateurs de l’Islam. Ses arguments sur la périphérie et le centre, et ceux concernant l’ouvrage à contre-courant pour l’abolition dans l’histoire du colonialisme et de l’impérialisme européens propose des pistes fructueuses à de nouvelles études. Sa croyance fervente en les droits de l’homme et en un humanisme universel est un défi direct posé au relativisme culturel entretenu aussi bien par la Nouvelle Gauche que par la Nouvelle Droite. Qui n’est pas d’accord devrait y répondre.

Une faiblesse majeure de cet ouvrage est qu’il fait absolument fi de toute objection pouvant être levée contre ses thèses. Une autre faiblesse réside en ce que le professeur Flaig se montre incapable ou rétif à proposer des définitions précises, à commencer par le simple mot esclavage, ce qui contraint le lecteur à deviner ce qu’il veut signifier, au risque de se tromper. Il lance parfois des affirmations larges sans contexte historique. Son argument selon lequel la colonisation de l’Afrique fut motivée par le désir d’abolir l’esclavage semble simpliste et idéaliste, tout comme l’argument voulant que tout découla d’une avarice européenne apparaît comme simpliste et cynique.

Même si le professeur Flaig écrit au sujet du rôle économique de l’esclavage, il ne discute pas le rôle que les avancées technologiques purent jouer pour réduire son importance. Si les machines pouvaient accomplir en une journée le travail de 100 esclaves durant une semaine, l’esclavage était voué à devenir moins viable économiquement. Le professeur Flaig n’aborde pas ce point.

Néanmoins, malgré ces nombreux défauts, Une Histoire de l’Esclavage propose une nouvelle perspective dans l’étude de l’histoire de l’esclavage et de l’impérialisme, une étude qui fut bloquée dans les années 1960 par des auteurs fermement anti-européens. Durant des années, leur point de vue est resté considéré comme une évidence dans les universités du monde entier. L’ouvrage du professeur Flaig est un élément bienvenu montrant que des universitaires rejettent désormais ce point de vue, et expliquent pourquoi.

Michael Walker

Traduit par José Martí pour le Saker Francophone

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