√L’étrange décès de James V. Forrestal, premier secrétaire à la défense des États-Unis ~ Songkrah
Par Hua Bin − Le 19 juillet 2026 − Source huabinoliver.substack.com
Israël a-t-il commencé sa série de campagnes d’assassinats de ses opposants étasuniens beaucoup plus tôt qu’on le pense?
J’ai toujours apprécié de lire des livres divers et variés sur des sujets relativement obscurs. La plupart me viennent de références croisées, et ils constituent une sorte de réaction en chaîne.

Il y a une dizaine d’années, j’ai lu le livre de Griffin Tarpley, 9/11 Synthetic Terror: Made in USA [Trad. fr: La Terreur Fabriquée : Made in USA, NdT], ma première incursion dans les théories sur ce qui s’est réellement produit le 11 septembre 2001.
L’ouvrage de Tarpley m’a amené à celui de David Ray Griffin, The New Pearl Harbor: Disturbing Questions About the Bush Administration and 9/11 [Trad. fr: Le Nouveau Pearl Harbor : 11 septembre – questions gênantes à l’administration Bush.
J’ai ensuite lu quelque 30 livres sur le sujet, comme celui de Kevin Ryan, Another Nineteen: Investigating Legitimate 9/11 Suspects, celui de Chris Bollyn, Solving 9/11: The Deception That Changed the World, celui de Jim Fetzer, The 9/11 Conspiracy – the Scamming of America, et d’autres.
Le Nouveau Pearl Harbor m’a ensuite amené au livre de Peter Dale Scott, The War Conspiracy: JFK, 9/11 and the Deep Politics of War, ainsi que ses ouvrages sur le commerce de la drogue, surtout celui de 2010 American War Machine: Deep Politics, the CIA Global Drug Connection, and the Road to Afghanistan [trad. fr: La machine de guerre américaine : la politique profonde, la CIA, la drogue, l’Afghanistan…, NdT], et celui de 2003, Drugs, Oil, and Wars: the US in Afghanistan, Columbia, and Indochina.
Les ouvrages de Peter Dale Scott m’ont motivé à explorer les sujets de l’assassinat de JFK et du commerce des drogues, qui sont traités par de nombreux livres comme celui de James Douglass, JFK and the Unspeakable: Why He Died and Why It Matters [trad. fr: JFK et l’indicible – Pourquoi Kennedy a été assassiné, celui de Alfred McCoy, The Politics of Heroine: CIA Complicity in Global Drug Trade [trad. fr: La politique de l’héroïne : l’implication de la CIA dans le trafic des drogues, NdT], et celui de Gary Webb, Dark Alliance: the CIA, the Contras, and the Crack Cocaine Explosion [Ce dernier ouvrage ne semble pas avoir été traduit en français, mais le film est basé sur le texte, NdT].
Parmi les nombreux ouvrages traitant de ces sujets, deux sont particulièrement intrigants : celui de Michael Collins, publié en 1994, Final Judgement: The Missing Link in the JFK Assassination Conspiracy, et celui de Salvador Astucia, Opium Lords – Israel, Golden Triangle, and the Kennedy Assassination.
Piper a figuré parmi les premiers à relier l’assassinat de JFK au Mossad, Kennedy ayant été résolument opposé au programme d’armement nucléaire israélien, et étant ainsi devenu une menace à éliminer pour Israël.
Cette théorie a été portée plus loin par l’historien français Laurent Guyénot dans ses livres livre JFK 11-Septembre – 50 ans de manipulations et The Unspoken Kennedy Truth.
Salvador Astucia a également développé la thèse selon laquelle Israël a utilisé des intérêts en lien avec les drogues pour mener l’assassinat, désignant comme tueurs des trafiquants d’héroïne français et corses associés à Meyer Lansky, le chef de la mafia juive aux États-Unis.
Une référence obscure produite par Astucia dans son ouvrage m’a conduit à un livre écrit en 2019 par David Martin, The Assassination of James Forrestal, le sujet du présent article.
(Par ailleurs, j’ai pour projet d’écrire sur le sujet du commerce de drogues soutenu par l’État étasunien, sur la base des informations exposées par ces lectures. Quel comble : les États-Unis sont l’État narco originel et ultime, tout en traitant le Venezuela de Maduro comme tel.)
Qui était James Forrestal, et comment il est mort
James Vincent Forrestal (1892-1949) était un homme politique étasunien très influent, qui fut le dernier secrétaire de la Navy directement intégré au cabinet, et le tout premier secrétaire d’État à la défense des États-Unis.
Il a joué un rôle central dans la conception de la structure militaire et de la politique étrangère des États-Unis au cours de la seconde guerre mondiale, et aux débuts de la Guerre Froide.
Selon sa biographie officielle, Forrestal est mort le 22 mai 1949 en raison d’une défenestration depuis une cuisine du 16ème étage de l’hôpital naval de Bethesda, où il était soigné pour dépression sévère et épuisement.
Son décès a largement été considéré comme un suicide, mais l’enquête officielle menée par la Navy n’a en réalité jamais fait état du mot « suicide » dans ses conclusions finales.
Le rapport officiel Willcutts, le conseil d’enquête officiel établi par la Navy chargé de l’enquête sur sa mort, a uniquement conclu que Forrestal était mort de cette chute, et que son comportement indiquait une sévère dépression mentale, et qu’aucun membre du personnel de la Navy ne s’était montré négligeant ou condamnable.
Les enquêteurs ont trouvé un livre à reliure de cuir, An Anthology of World Poetry, ouvert sur un radiateur à son chevet. L’ouvrage comportait un signet sur un passage sombre et lugubre de l’ancienne tragédie grecque Ajax de Sophocle.
Forrestal avait recopié à la main le passage sur une feuille à en-tête de l’hôpital. Sa transcription du poème s’arrêtait brutalement au milieu d’un mot.
Il avait écrit « Woe, woe! will be the cry… » et il s’était arrêté après les lettres « Night— », en plein milieu de la transcription du mot « nightingale ».
Dans la tragédie, Ajax, le héros grec, sombre dans la folie à cause du chagrin et de la trahison politique, et finit par s’ôter la vie.
La presse et les historiens, se sont fortement concentrés sur ce point, et ont noté que Forrestal s’identifiait sans doute à la chute tragique d’Ajax.
David Martin conclut à un assassinat après avoir étudié les détails déclassifiés du supposé suicide de Forrestal.
La Navy a gardé secrète l’enquête officielle durant 55 ans, et a fini par la publier en 2004, conformément au Freedom of Information Act.
Des chercheurs ont immédiatement trouvé plusieurs incohérences qui ont nourri des décennies de théories d’assassinat :
- La ceinture du peignoir : lorsqu’on a découvert le corps de Forrestal sur le toit du 2ème étage, il avait la ceinture de son peignoir étroitement serrée autour du cou. Ainsi est née l’hypothèse qu’il ait pu essayer de se pendre au radiateur avant de chuter, ou qu’il ait été étranglé.
- Incohérences graphologiques : des chercheurs indépendants, à l’analyse du poème manuscrit comparé à des lettres personnelles authentifiées de Forrestal, ont affirmé que l’écriture du poème n’était pas la sienne.
- Témoignage du gardien : les premières dépêches affirmaient qu’un gardien avait vu Forrestal écrire le poème juste avant qu’il saute, mais le rapport officiel Willcutts a démontré que l’homme de garde avait affirmé que Forrestal semblait dormir, lumières éteintes, à son arrivée.
L’ouvrage de David Martin met également en lumière des anomalies majeures absentes des premiers rapports publics. Parmi celles-ci, du verre brisé trouvé sans explication dans la chambre de Forrestal et des traces de lutte sur le rebord extérieur de la fenêtre.
Ces preuves suggéraient une lutte dans la chambre, avec du verre brisé photographié sur son lit.
Contrairement à la thèse de l’effondrement mental, quatre médecins sur cinq avaient estimé que Forrestal ne présentait pas de pathologie psychiatrique sévère, certains allant jusqu’à évoquer une erreur de diagnostic.
Martin y voit la preuve que les versions d’un « effondrement soudain » de Forrestal, qui auraient justifié son hospitalisation, étaient très probablement mensongères.
David Martin conclut que l’étrange mort de James Forrestal fut en réalité un assassinat maquillé en suicide. De nombreux autres chercheurs partagent cette opinion.
Martin considère cet assassinat comme l’une des toutes premières opérations menées par l’« État profond » étasunien et des services de renseignements étrangers, ici le Mossad.
Il désigne comme motivation géopolitique première de la suppression de Forrestal son opposition à la création de l’État d’Israël.
Forrestal était le membre du cabinet le plus frontalement opposé à un soutien étasunien à la partition de la Palestine. Il pensait qu’une telle opération déstabiliserait le Moyen-Orient de manière permanente, et compromettrait l’accès au pétrole de l’Occident.
Forrestal affirmait que la machine militaire étasunienne, ainsi que l’expansion industrielle civile, dépendaient fortement du pétrole du Moyen-Orient.
Il était fermement convaincu que l’appui à un État sioniste ne ferait qu’éloigner les nations arabes. Cet éloignement, avertissait-il, risquait de compromettre l’accès des États-Unis aux oléoducs et aux approvisionnements vitaux du Golfe Persique.
Ardent anticommuniste, Forrestal redoutait que l’instabilité du Moyen-Orient ne favorise une expansion de l’influence soviétique dans la région.
Il pensait qu’une guerre entre Arabes et Juifs déstabiliserait la région, la rendant vulnérable à une intervention soviétique.
Forrestal s’est illustré en disant aux conseillers de la Maison-Blanche de « regarder les chiffres, » en rappelant que l’on comptait quelque 30 millions d’Arabes, à comparer aux 600 000 Juifs.
Il pensait que les forces arabes finiraient par surpasser un État juif, contraignant possiblement les États-Unis à déployer leurs propres forces armées pour le défendre.
Et il estimait que l’armée étasunienne, lourdement démobilisée à l’issue de la seconde guerre mondiale, ne pourrait se permettre un tel engagement.
Selon son journal personnel, qui a fait l’objet d’une publication, Forrestal se faisait très critique de la manière dont les partis démocrate et républicain traitaient ce sujet.
Il déplorait que l’administration Truman subordonne les décisions de sécurité nationale à la conquête du « vote juif » et aux contributions de campagne dans les États décisifs, comme New York.
Il essaya, sans succès, d’établir un accord bipartisan retirant totalement le sujet de la Palestine des considérations de politique intérieure étasunienne.
Martin conclut que la résistance de Forrestal à l’établissement d’Israël lui valut l’ire des Sionistes et de la communauté juive, aux États-Unis comme en Israël, et que ces acteurs décidèrent de le supprimer une bonne fois pour toutes.
On peut établir des parallèles avec d’autres décès à l’époque de personnalités anti-sionistes de premier plan, comme T.E. Lawrence « d’Arabie ». Ces décès peuvent avoir été des assassinats ourdis par les mêmes instigateurs.
Les Sionistes ont eux-mêmes documenté dans leurs archives l’opposition de Forrestal à l’établissement d’un État d’Israël.
Un article paru sous le titre « The Wise Men » Oppose U.S. Recognition of Israël [« Les Sages » s’opposent à une reconnaissance d’Israël par les États-Unis, NdT], publié dans Temple Beth Solom, décrivait l’opposition de Forrestal et de George Marshall à Israël.
Marshall était chef d’état-major de l’armée des États-Unis durant la seconde guerre mondiale, secrétaire d’État au moment de l’établissement de l’État d’Israël, et fut l’architecte du Plan Marshall. Il partageait l’opinion négative de Forrestal vis-à-vis de la constitution de l’État juif.
En quoi cela importe-t-il de nos jours?
L’étrange décès de James Forrestal nous rappelle jusqu’où Israël est prêt à aller pour éliminer les menaces qu’il percevait.
Il étaye les travaux de chercheurs comme Michael Collins Piper, qui conclut qu’Israël assassinat le président Kennedy pour protéger son programme nucléaire.
De nombreux hauts dirigeants étasuniens s’opposèrent à l’établissement de l’État d’Israël, estimant que cela créerait un chaos régional, ce qui s’est avéré particulièrement prescient.
Israël, dès sa mise en place, s’est comporté en État voyou et terroriste, capable de tout avec l’aide des Sionistes. Cela comprend les attentats sous faux drapeau du 11 septembre 2001, qui ont déclenché les « guerres perpétuelles » étasuniennes au Moyen-Orient au bénéfice d’Israël.
De la même manière, l’étrange assassinat de Charlie Kirk semble porter la marque d’Israël à tous égards. Trump a-t-il subit des menaces israéliennes pour lancer cette guerre insensée contre l’Iran, en dépit de ses promesses de campagne ?
Alors que s’ouvre une nouvelle phase de la guerre américaine contre l’Iran menée au profit d’Israël, il est bon de ne pas oublier à quel genre d’acteur voyou le monde a affaire.
Hua Bin est un ancien cadre dirigeant chinois, auteur du blog Hua’s Substack, où il publie des analyses sur des sujets liés à la Chine, au commerce, à la technologie et aux affaires militaires. Sa ligne éditoriale affichée est de se concentrer sur « pas d’idéologie, seulement des données et des faits ».
Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone
songkrah.blogspot.com
Enregistrer un commentaire for "√L’étrange décès de James V. Forrestal, premier secrétaire à la défense des États-Unis ~ Songkrah"