√La guerre contre l’Iran. Nouvel affrontement au sujet du Détroit – La capitulation du Liban déclenche une nouvelle guerre civile ~ Songkrah
Par Moon of Alabama – Le 27 juin 2026
Ces derniers jours, il y a eu deux développements au Liban et en Iran qui vont probablement provoquer la reprise de la guerre et même l’empirer.
L’Iran insiste pour avoir le contrôle du détroit d’Ormuz. Mais au moins la moitié de la voie de passage est sous la juridiction d’Oman.
Oman est, contrairement à l’Iran, membre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et a donc une vision différente du droit international en ce qui concerne la situation dans le détroit. Oman était également une (ancienne) dépendance britannique/américaine. Les tentatives de l’Iran d’attirer Oman, traditionnellement neutre, de son côté du conflit ont échoué.
Jeudi, l’Organisation maritime internationale (OMI) de l’ONU avait organisé un convoi de navires bloqués depuis des semaines dans le golfe Persique pour franchir le détroit au large de la côte omanaise. L’Iran a vu cela (à tort) comme une violation du mémorandum d’entente avec les États-Unis et (à juste titre) comme une tentative de saper son influence :
Oman, en collaboration avec l’Organisation maritime internationale des Nations Unies, a ouvert un couloir dans le but d’évacuer les navires du Golfe. Cependant, il n’est pas difficile d’imaginer qu’après avoir régularisé le passage dans une sens, il ne deviendrait pas rapidement un passage à double sens, empêchant le contrôle iranien du détroit d’Hormuz. Et nous avons souligné que le côté sud du détroit étant les eaux territoriales d’Oman, si l’Iran interfère avec le transit des navires là-bas, son argument juridique présumé ressemblerait énormément à l’argument qu’Israël a utilisé pour son invasion du Liban, qu’il peut bafouer la souveraineté omanaise sur une affirmation non crédible de risque pour sa sécurité.
La réponse de l’Iran à ce défi a été de lancer une attaque de drone (inoffensive) contre un porte-conteneurs battant pavillon de Singapour qui avait utilisé le convoi organisé par l’OMI pour s’échapper seul du golfe Persique. Comme l’a annoncé le chef de l’OMI lors d’une conférence de presse :
J’ai été informé d’une attaque aujourd’hui dans le golfe d’Oman contre un navire qui a traversé le détroit d’Hormuz. Ce navire n’a pas transité dans le cadre d’évacuation de l’OMI. J’ai toujours répété que la sécurité des marins restait primordiale. Par conséquent, pour assurer une approche coordonnée et la sécurité de la navigation, le plan d’évacuation sera suspendu jusqu’à ce que plus de clarté soit obtenue. …
Personne n’a été blessé dans l’attaque du drone. Il n’y a eu que des dommages mineurs au navire.
Les États-Unis ont cependant utilisé l’incident, dans lequel ils n’étaient pourtant pas impliqués, pour aggraver la situation. Plusieurs avions américains ont lancé des attaques de missiles à distance sur des installations radar iraniennes près de Sirik, une ville portuaire du sud de l’Iran, près d’Hormuz.
La nuit dernière, l’Iran a annoncé qu’il avait riposté :
La marine du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) a frappé des cibles militaires américaines dans la région, en représailles à une agression antérieure contre les zones côtières iraniennes.
La force a fait ces remarques dans un communiqué publié vendredi, affirmant que ses représailles « visaient les sites de déploiement de l’armée terroriste américaine dans la région ».
elle a noté que les représailles sont intervenues après que les forces américaines ont lancé des frappes aériennes contre des zones situées le long de la côte iranienne dans le cadre du « modèle habituel aux États-Unis de violer ses engagements ».
En menant l’agression, Washington a utilisé « divers prétextes, y compris le passage d’un navire non conforme par une route non autorisée dans le détroit d’Hormuz« , a ajouté le communiqué.
On ne sait pas encore quels sites militaires américains les Iraniens ont été touchés ni quel type de dommages la frappe a pu causer.
Si les dégâts sont faibles, les États-Unis pourraient pour l’instant (à nouveau) arrêter ce coup pour coup. La situation pourrait, pour un moment, de nouveau se calmer.
L’évolution de la situation au Liban indique cependant qu’une réescalade est imminente.
Un peu de contexte résumé : Après la Nakba et la perte de la guerre arabe de 1968 contre Israël, de nombreux Palestiniens ont fui au Liban. Cela a changé la démographie du pays auparavant majoritairement chrétien. Le Liban a sombré dans une guerre civile entre les différentes factions de la population chrétienne, druze, sunnite et chiite.
L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) s’est installée. Elle a utilisé le sud du Liban pour des attaques contre Israël. En 1983, Israël a envahi le Liban et occupé Beyrouth. Son objectif était de vaincre et d’expulser l’OLP, mais il a rapidement fini par être détesté par la plupart des clans de la population libanaise multiconfessionnelle. Les chiites pauvres, qui formaient une grande majorité dans le sud, sont rapidement passés d’amis d’Israël à ses pires ennemis.
Les États-Unis sont intervenus et ont déployé des « casques bleus » qui ont pris le parti des chrétiens maronites. Des explosions suicides ont frappé les casernes des soldats de la paix américains, français et autres. Les États-Unis s’en sont retirés. Israël a installé ses propres forces par procuration qui ont perdu contre la résistance chiite en expansion. Ce n’est qu’en l’an 2000, sous la forte pression de la résistance chiite, qu’Israël a quitté ses positions au sud-Liban.
La guerre civile s’est alors éteinte. Le pouvoir politique fut divisé entre chaque partis qui en ont obtenu une part. La faction chrétienne, qui s’était considérablement réduite en raison de l’émigration, a conservé ses positions dominantes tandis que les chiites, désormais majoritaires, sont restés sous-représentés.
Ces dernières années, une querelle mineure entre la faction chiite Amal et le Hezbollah chiite allié de l’Iran avait permis la formation d’un gouvernement non représentatif sous l’ancien général Joseph Aoun, un chrétien maronite.
Pendant la guerre contre l’Iran, Israël a ré-envahi le sud-Liban. Alors que l’Iran, par le biais du protocole d’entente, exige le retrait d’Israël du Liban comme condition de réouverture du détroit d’hormuz, le gouvernement libanais, sous la pression des sanctions américaines, a insisté pour trouver sa propre solution en se vendant aux États-Unis et à Israël.
Hier, il a signé un Accord tripartite avec les États-Unis et Israël qui permettra à Israël de garder le contrôle du sud-Liban, y compris des quelque 60 cantons qu’il a vidé de leur population chiite. L’accord engage le gouvernement libanais à désarmer le Hezbollah, ce qu’il est incapable de faire, tout en permettant à Israël de rester indéfiniment.
Pour une analyse plus approfondie de l’accord (et de son illégalité en vertu de la loi libanaise), voir ici, ici et surtout ici :
Le Liban n’est pas un endroit où des puissances extérieures peuvent facilement imposer une architecture de sécurité contre une importante circonscription nationale. Ce n’était pas possible en 1983. Ce n’est pas non plus possible aujourd’hui.
L’accord du 17 mai [1983] a été enterré parce qu’il manquait de légitimité, parce qu’il était lié à l’occupation et parce que ceux qui étaient censés l’accepter avaient la capacité de le rejeter. Le cadre de Washington n’est peut-être pas identique, mais il comporte la même faiblesse. Il dépend du désarmement du Hezbollah sans le consentement du Hezbollah. Il dépend de l’application de la loi par l’armée libanaise sans consensus politique libanais. Il dépend de la médiation américaine malgré la partialité américaine. Il dépend du retrait israélien tout en donnant à Israël l’autorité de retarder le retrait.
Ce n’est pas un processus de paix. C’est une crise maîtrisée.
C’est même plus que cela. L’intention claire d’Israël ici est de rallumer une guerre civile libanaise et pourrait bien réussir.
Elijah J. Magnier @ @ ejmalrai – 8: 54 UTC · 27 juin 2026
La résistance libanaise n’acceptera pas la présence à long terme des forces d’occupation israéliennes dans le sud du Liban occupé. Sa réponse, chaque fois qu’elle viendra, soulignera la crise de légitimité créée par la décision du Président Joseph Aoun de cesser le feu avec Israël, un pouvoir qu’il ne possède pas, et d’accepter une soi-disant “zone tampon” qui empêche les habitants de près de 60 villages de rentrer chez eux.
L’accord sur le Liban va conduire à relancer la situation des années 1980. Comme en 1983, ce sera une autre tentative, brutale et infructueuse, de régler le conflit contre la volonté de la population. Une guerre civile s’ensuivra, une intervention militaire américaine suivra. Elle sera vaincu par le Hezbollah et se terminera, peut-être dans des années, par une retraite israélienne.
Les observateurs américains et israéliens reconnaissent que l’accord entraînera probablement davantage de guerres non seulement au Liban, mais dans l’ensemble de la région du Moyen-Orient :
C’est littéralement le contraire de la paix. …
En interjetant cet accord maintenant, littéralement en plein milieu d’une tentative de négocier la fin de la guerre américaine contre l’Iran, au milieu d’un cessez-le-feu de 60 jours avec l’Iran qui, s’il réussissait, mettrait fin aux combats au Liban, nous agissons avec ces signatures à Washington aujourd’hui qui rendent presque impossible le maintien du cessez-le-feu et la conclusion d’un règlement final, et rend donc la guerre plus probable.
Tout en relançant la guerre civile au Liban et en intensifiant à nouveau, via les États-Unis, la guerre contre l’Iran, Israël vise déjà la prochaine cible :
Gila Gamliel, Ministre israélienne des Sciences et de la Technologie :
« Une fois que nous aurons vaincu le régime iranien, il y aura l’ambition de l’Empire ottoman, qui cherche à étendre son influence.
Il ne fait aucun doute que la Turquie, avec ses ambitions de s’étendre au-delà de ses frontières et de diriger la région selon sa propre vision, constitue une réelle menace future pour les citoyens de l’État d’Israël.
Israël se prépare toujours à chaque menace, et il ne fait aucun doute que la Turquie est en train de devenir un front qui pourrait en effet devenir une menace à l’avenir.”
Ce à quoi la Turquie, membre sunnite de l’OTAN, répond en honorant subtilement la théologie chiite :
Erdogan cette semaine :
“Je commémore les martyrs de Kerbela avec miséricorde et respect. Nous avons vécu la douleur du martyre de notre maître Husayn ibn Ali et de ses compagnons exactement comme ce jour-là pendant 14 siècles complets”.
Ne soyez pas surpris lorsque de futurs articles de presse rapporteront que la logistique du Hezbollah transite par la Turquie …
Moon of Alabama
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.
songkrah.blogspot.com
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