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√La future guerre contre la Russie. Une route vers la ruine de l’Europe ~ Songkrah


Par Steve Jermy – Le 2 juillet 2026 – Source Blog de l’auteur

Résumé

Les dirigeants de l’OTAN, de l’UE et de l’E3 préparent l’Europe à une guerre [contre la Russie] d’ici 2030. À la lumière du bellicisme européen, la Russie pourrait décider de la commencer bien plus tôt. Si tel était le cas, les États-Unis ne seraient pas disposés à combattre la Russie au nom de l’Europe. Incapable de se défendre contre les missiles balistiques/hypersoniques conventionnels russes, l’Europe subirait une défaite rapide et des pertes militaires très élevées. Même après avoir demandé la paix, la destruction du système énergétique européen plongerait l’Europe dans une crise économique. La population européenne devrait être invités publiquement à débattre de ces risques et à faire entendre son point de vue. [Vu la propagande médiatique dans laquelle elle baigne, il n’est pas sûr que son point de vue soit si avisé, NdT]

Introduction – Comprendre la nature de la guerre

Alors que les appels des dirigeants européens à se préparer à la guerre avec la Russie d’ici 2030 se font de plus en plus forts, nous ferions bien de prendre en compte les conseils du plus grand philosophe de la guerre, le général Carl von Clausewitz :

Les guerres varient selon la nature de leurs motivations et les situations qui les suscitent. Le premier, le suprême, l’acte de jugement le plus ambitieux que l’homme d’État et le commandant doivent faire est d’établir le genre de guerre dans laquelle ils s’engagent ; ni la confondre, ni essayer de la transformer en quelque chose d’étranger à sa nature. C’est la première de toutes les questions stratégiques et la plus complète. 1

Nous devrions donc réfléchir sérieusement à la nature d’une guerre contre la Russie : comment les déclarations publiques de nos dirigeants sont entendues en Russie ; quand une telle guerre pourrait commencer ; comment elle pourrait se dérouler ; quelles pourraient être ses conséquences et ses coûts. Cet article réfléchit sur un tel scénario.

Le Contexte Stratégique

Pour commencer, nous devons comprendre comment nous en sommes arrivés là. Il est clair, pour quiconque connaît vraiment l’histoire, que les racines de la crise remontent à 1989. Lorsque le mur de Berlin est tombé, il était possible de construire une architecture de sécurité européenne durable et inclusive ; une architecture qui tienne compte des intérêts légitimes de la Russie en matière de sécurité. Cette opportunité a été gaspillée. Au cours des années 1990 et 2000, malgré les assurances initiales offertes à la Russie, l’OTAN s’est développée sans relâche vers l’est. Les voix prémonitoires incitant à la prudence – celles de Kennan, Matlock, Burns, Kissinger, Mearsheimer – ont été rejetées ou ignorées. Il en a été de même des avertissements explicites et répétés de la part de la Russie.

La guerre russo-ukrainienne doit être comprise dans ce contexte. L’Occident regorge d’opinions conventionnelles selon lesquelles la Russie est intervenue pour assouvir une ambition impériale. Mais toutes les preuves crédibles suggèrent que la Russie est entrée en guerre parce qu’elle a conclu – à tort ou à raison – que l’expansion de l’OTAN vers ses frontières représentait une menace existentielle. Aux yeux de la Russie, c’était – et c’est toujours – une guerre défensive de survie.2 Pas étonnant étant donné que, entre autres exemples. Kaja Kallas, la responsable de la politique étrangère de l’UE, a appelé publiquement 3 à l’éclatement de la Russie. Quoi que l’on pense des méthodes russes, comprendre sa motivation est essentiel pour comprendre la nature d’une future guerre contre elle.

La Russie répond à l’escalade européenne

Nonobstant ce contexte fondamental, l’intention publiquement déclarée des dirigeants de l’E3 – Macron, Merz et bientôt, sans aucun doute, Burnham – est d’augmenter la fourniture à l’Ukraine de drones de précision à longue portée et de missiles de croisière, tous capables de frapper profondément en territoire russe. En réponse, l’avertissement public de Moscou a été sans ambiguïté : si cela continue, cibler directement les installations de production européennes ne sera pas exclu.

Si les dirigeants de l’E3 choisissent de ne pas prendre cet avertissement au sérieux – une hypothèse logique, étant donné qu’ils ont déjà ignoré tous les avertissements précédents de la Russie – il est tout à fait possible, voire probable, qu’un tel conflit puisse commencer cette année, bien plus tôt que l’année 2030 prévu par l’Europe. Le second semestre 2026 est donc pris comme une possible ligne de départ de ce scénario.

En septembre 2026, ses avertissements ayant été ignorés et les attaques au cœur de la Russie augmentant avec l’augmentation des livraisons d’armes par l’E3, la Russie agit. Des frappes de missiles balistiques conventionnels et hypersoniques détruisent les principales installations de production de drones et de missiles E3 dans les Midlands britanniques, la Ruhr et à l’extérieur de Bordeaux. L’article 5 de l’OTAN est invoqué. Mais l’article 5 n’exige pas d’action militaire, il exige que chaque membre prenne « les mesures qu’il juge nécessaires« . La superficialité de la garantie sur laquelle les dirigeants de l’E3 pensaient pouvoir compter est maintenant exposée.

L’Espagne et la Hongrie refusent d’engager des forces. L’Italie, la Pologne et plusieurs membres d’Europe de l’Est hésitent. Plus important encore, la Maison Blanche, après avoir récemment semblé reprendre son soutien aux opérations contre la Russie, a de nouveau des doutes. Venant de perdre sa guerre contre l’Iran, ayant des stocks de munitions gravement épuisés, aucun appétit national pour voir les troupes américaines combattre et mourir de l’autre côté de l’Atlantique, et les échéances à moyen terme à venir, « Faire souffrir la Russie » 4 ne semble plus être une si bonne idée. La Maison Blanche conclut rapidement qu’il n’est pas dans l’intérêt national des États-Unis de se joindre à une guerre contre la Russie sur le continent européen. Après avoir passé des années à parler d’autonomie stratégique sans la créer, l’E3 sait maintenant ce que cela signifie.

Les 3 premiers mois de la guerre

Néanmoins, piégés par le récit politique qu’ils ont eux-mêmes construit, les dirigeants de l’E3 et des nations volontaires plus petites, peut-être les Néerlandais, les Scandinaves et les États Baltes, réagissent.

Le seul endroit où une offensive est possible est par les airs. Mais les plans de frappes européens réalisent maintenant ce que les pilotes ukrainiens savent depuis des années. Alors qu’une petite proportion des missiles de croisière européens trouvent leurs cibles, la majorité sont détruits par les réseaux russes superposés et bien rodés de défense anti-missiles, S-400 et S-500, qui imposent également des pertes insoutenables aux pilotes et aux avions européens. Sans la suppression des défenses aériennes ennemies par les missiles étasuniens – et peut-être même avec elle – il n’y a plus aucune perspective d’atteindre la supériorité aérienne ni de de parvenir à contre-attaque efficace.

En réponse à ces frappes aériennes, la Russie jette les gants, déterminée une fois pour toutes à éliminer la menace européenne pour son peuple et sa patrie. La Russie frappe des aérodromes, des bases d’entraînement, des chantiers navals, des centres logistiques et des gares de triage, infligeant des milliers de pertes militaires aux forces européennes avant même qu’elles ne puissent se déployer. Les Européens apprennent maintenant la leçon que les États-Unis sont en train d’apprendre dans le Golfe, les armées européennes ont très peu de protection contre les attaques balistiques conventionnelles, et aucune contre les missiles hypersoniques.

Ce point est cruellement renforcé par des frappes russes simultanées qui démantèlent systématiquement l’infrastructure énergétique de l’Europe – terminaux de gaz, centrales électriques, interconnexions de réseau, installations de stockage – avec la même précision clinique appliquée au réseau ukrainien à partir de 2022. Extrêmement vulnérable en tant que plus grand importateur régional d’hydrocarbures au monde, avec 12,8 millions de barils importés par jour 5, le système énergétique européen est déjà soumis à de graves tensions ; conséquence des sanctions autodestructrices sur le pétrole et le gaz russes, récemment aggravées par le choc énergétique du au blocage du détroit d’Ormuz.

En mer, des sous-marins russes se sont déployés en mer du Nord et dans l’Atlantique, et un blocus en temps de guerre a été annoncé. La simple menace de perdre des navires de commerce suffira aux assureurs maritimes pour retirer leur couverture et aux compagnies maritimes pour arrêter le trafic. Les importations d’hydrocarbures en Europe s’arrêtent et les systèmes énergétiques commencent à tomber en panne. Les lumières commencent à s’éteindre. Plus important encore, sans diesel, les systèmes européens d’agriculture, de pêche et de logistique alimentaire s’arrêtent. Seulement 2-3 mois après le début du conflit, la situation économique de l’Europe est déjà en péril.

Le cessez-le-feu, coûts et conséquences

Face au choix binaire d’utiliser des armes nucléaires ou d’accepter la défaite, les dirigeants britanniques et français font une pause. Les moyens de dissuasion nucléaire des deux pays sont faits pour dissuader les attaques nucléaires sur leurs propres territoires, et non pour prendre des mesures suicidaires à l’échelle nationale afin de sauver une campagne conventionnelle défaillante. Pendant ce temps, les États-Unis – après avoir clairement exprimé leur position de rester à l’écart et maintenant très inquiets du risque d’une guerre nucléaire avec la Russie – travaillent de toute urgence avec les deux parties pour mettre fin à cette guerre. Ce qui ne pourra être fait qu’aux conditions de la Russie. Sous la pression intense des États-Unis et des petits pays européens, les dirigeants de l’E3, de l’OTAN et de l’UE demandent la paix.

Seulement 3 mois après le début du conflit, les coûts humains sont déjà importants. Les pertes militaires sont de plusieurs ordres de grandeur supérieures aux pertes occidentales et de l’OTAN en 25 ans d’opérations en Irak et en Afghanistan. Mais la reddition militaire n’est pas la fin, juste le début.

Avec son système énergétique brisé, la production industrielle européenne s’effondre, le chômage augmente. Les plus grands pays d’Europe, à l’exception de l’Allemagne, assumaient déjà des ratios dette/PIB supérieurs à 100%6. Les finances publiques européennes fléchissent donc puis craquent sous le fardeau croissant des subventions énergétiques d’urgence, des coûts de reconstruction, de l’effondrement des marchés boursiers, des cycles du marché obligataire entraînant une hausse des coûts d’intérêt pour les gouvernements et des pertes de recettes fiscales.

L’État défaillant qu’est en train de devenir l’Ukraine fournit des preuves incontestables de cela. Une contraction économique de 10% est le critère conventionnel d’une dépression 7 ; celle de l’Ukraine est supérieure à 30%. Les États-Unis seront financièrement incapables – et le reste du monde politiquement réticent – d’offrir un nouveau plan Marshall. Ainsi, l’Europe fera face, seule, à une contraction économique plus importante que pendant la Grande Dépression.

Les conséquences politiques n’en seront pas moins profondes. Les coalitions qui ont déclenché la guerre s’effondreront et les dirigeants qui ont mené la charge seront rapidement et impitoyablement écartés. L’OTAN et l’Union européenne, toutes deux jugées complices d’avoir initié cette guerre, seront irrémédiablement fracturées. Les mouvements populistes et nationalistes se multiplieront. Les contrats sociaux entre les élites et les peuples, construits au fil des générations et dans des sociétés qui n’avaient pas connu la guerre sur leur propre sol depuis 1945, se tendront jusqu’au point de rupture. L’Europe, autrefois une région politique et économique cohérente, est désormais confrontée à une situation dystopique.

Conclusion – Le choix auquel les européens sont confrontés

Si ce scénario est plausible – même de loin – les risques que les dirigeants de l’E3 nous invitent à accepter en valent-ils la peine ? Sans aucune possibilité de discussion publique ?

Il y a une alternative : elle s’appelle la diplomatie. Pas la diplomatie des ultimatums, ni des conférences de paix insignifiantes dont le belligérant principal est triomphalement exclu. Mais plutôt la diplomatie de la conversation honnête, dans laquelle chaque camp écoute l’autre. Les besoins de sécurité de la Russie ne sont pas difficiles à comprendre. Parce qu’ils les répètent depuis 20 ans, presque jusqu’à la nausée pour ceux d’entre nous qui étaient prêts à écouter et à entendre. Une Ukraine neutre. Pas d’adhésion à l’OTAN. De vraies garanties de sécurité. En fait tout ce que la Russie était disposée à offrir et l’Ukraine disposée à accepter en mars 2022 – avant que Zelensky ne soit persuadé du contraire par Boris Johnson et Joe Biden.

Comme l’écrivait le général André Beaufre « À la guerre, le perdant mérite de perdre car sa défaite doit résulter d’erreurs de pensée, commises avant ou pendant le conflit« . Au cours du premier quart de ce 21e siècle, les dirigeants occidentaux en général et les dirigeants européens en particulier ont un bilan constant « d’erreurs de pensée » – comme le prouvent sans équivoque nos opérations ratées en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et maintenant en Ukraine. Cette fois, cependant, les enjeux pour les Européens pourraient être bien plus élevés.

Pour conclure, avant de nous amener à la guerre, nos dirigeants nous doivent deux choses. Premièrement, une évaluation honnête, publique et stratégique des risques auxquels cette ligne de conduite pourrait nous exposer. Deuxièmement, une opportunité pour que nos points de vue soient sollicités et nos voix entendues. Après tout, ce sont nous, et non eux, qui seront censés mener la guerre et en supporter les coûts et les conséquences.

Le choix auquel nous, Européens, sommes confrontés est simple. Devrions-nous changer de cap vers la paix et entamer une conversation diplomatique difficile mais honnête avec la Russie ? Ou devrions-nous laisser nos dirigeants – guidés par un récit politique qu’ils ont construit et ignorant les risques existentiels énoncés ici – continuer à nous conduire vers la guerre ? Comme l’ont fait leurs illustres prédécesseurs, il y a un siècle environ, à l’été 1914 ?

Steve Jermy

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

References

  1. Steven Jermy, ‘Right Now NATO Could Not Win a War with Russia’, Responsible Statecraft, 29 January 2025. https://ift.tt/lN4zdkG
  2. Steven Jermy, ‘Russia Is in the Driving Seat’, Brave New Europe / NATO Watch, 15 May 2025. https://ift.tt/Pqk67F8
  3. George Kennan, ‘A Fateful Error’, New York Times, 5 February 1997; William J. Burns, ‘Nyet Means Nyet’, US Embassy Moscow cable, 1 February 2008 (WikiLeaks); John J. Mearsheimer, ‘Why the Ukraine Crisis Is the West’s Fault’, Foreign Affairs, Sep/Oct 2014.
  4. ‘Oreshnik Missile Is Unstoppable, Undetectable’, The Week India, 21 December 2024. https://ift.tt/nWx4qv3
  5. International Energy Agency (IEA), World Energy Outlook 2024.
  6. ‘Lloyd’s Executive Likens LNG Attack to Nuclear Explosion’, Resilience.org, 20 September 2004. https://ift.tt/QlRg1Ds
  7. Kyiv School of Economics / World Bank, Ukraine War Damage Assessment, various reports 2023–2025.
  8. IMF Fiscal Monitor — General Government Gross Debt (% of GDP). https://ift.tt/jEyWYmZ
  9. General André Beaufre, An Introduction to Strat

Notes

  1. Carl von Clausewitz, On War, tr. Michael Howard & Peter Paret. (Princeton, 1976) p.88.
  2. George Kennan, ‘A Fateful Error’, New York Times, 5 February 1997; William J. Burns, ‘Nyet Means Nyet’, US Embassy Moscow cable, 1 February 2008; John J. Mearsheimer, ‘Why the Ukraine Crisis Is the West’s Fault’, Foreign Affairs, Sep/Oct 2014.
  3. https://fampo.no/estonias-pm-kaja-kallas-calls-for-the-breakup-of-russia
  4. https://www.rand.org/content/dam/rand/pubs/research_reports/RR3000/RR3063/RAND_RR3063.pdf
  5. International Energy Agency (IEA), World Energy Outlook 2024. Europe’s oil import dependency at approximately 12.8 million barrels per day.
  6. IMF Fiscal Monitor — General Government Gross Debt (% of GDP). https://www.imf.org/external/datamapper/GG_DEBT_GDP@GDD
  7. Kyiv School of Economics / World Bank, Ukraine War Damage Assessment, various reports 2023–2025

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